Libération des villes

La libération de la région s’effectue au fil de la progression des troupes débarquées et des actions de la Résistance intérieure. Celle-ci multiplie les sabotages, les actions de guérilla et déclenche des insurrections urbaines. Ces deux éléments se combinent, de manière différenciée, selon les jours et les localités, avec le repli des troupes allemandes : le 18 août, Hitler ordonne le décrochage vers le Nord de la 19 e armée, dont il craint qu’elle ne soit prise en ciseaux. Draguignan est libéré le 16 août, Digne le 19 août, Gap le 20 août, Apt le 22 août, Arles le 24 août, Avignon le 25 août. 
Mais des contre-offensives allemandes permettent la réoccupation de villes haut-alpines comme Briançon, libérée définitivement le 6 septembre. Sur le littoral, les garnisons allemandes de Toulon et Marseille constituent deux points de fixation : ordre leur a été donné de demeurer en place et de se battre jusqu’à la dernière cartouche. C’est dans ces deux villes qu’ont lieu des batailles meurtrières et décisives qui se terminent par la capitulation allemande le 28 août 1944. Nice, aux mains de la Résistance dès le 29 août, accueille les troupes de Libération le lendemain. 
La quasi-totalité de la Provence est alors libérée, avec près d’un mois d’avance sur les prévisions de l’état-major allié. Mais les Allemands s’installent solidement dans les Alpes, dans des poches le long de la frontière italienne. Ils n’en seront délogés qu’en avril 1945.

Auteur(s): Robert Mencherini

Plan de l'expo

Crédits

Bibliographie

Toulon haut ▲

Dans les plans alliés, le port de Toulon doit être pris au plus vite. Profitant de l’existence de vides dans le dispositif allemand, le général de Lattre décide, dès le 19 août, de lancer l’attaque sans attendre. Il met en place une manœuvre d’encerclement de la ville qui se conjugue avec la pénétration de troupes par le nord, tandis que les FFI mènent des opérations de harcèlement dans le centre-ville de Toulon. 

Durant la première phase de cette manœuvre, les troupes de l’armée B, guidées et épaulées par les FFI, prennent la ville d’Hyères puis nettoient les forts qui, dans les faubourgs de Toulon, constituent les premières défenses de la ville. Transformé en fortin, le Golf Hôtel tombe après de durs combats. Les Allemands disposent de nombreux points d’appuis fortifiés aux abords de Toulon et sont couverts par une artillerie redoutable. De violents combats se déroulent sur les rives du Gapeau et pour la prise de La Valette. 

Le 23 août, des éléments du Régiment colonial de chasseurs de chars (RCCC), de la 1e Division de Marche d’Infanterie (DMI) et de la 3e Division d’Infanterie Algérienne (DIA) font leur jonction au centre-ville, sur la place de la Liberté. Il faut encore plusieurs jours de lutte acharnée pour réduire tous les points d’appui comme le fort Malbousquet de l’Arsenal qui ne tombe que le 26 août. Le 27 août, les troupes de libération défilent, mais c’est seulement le lendemain que le contre-amiral Heinrich Ruhfus, commandant les forces allemandes et réfugié dans la presqu’île de Saint-Mandrier, se rend.

Chronologie :
20 août : Début de l’attaque sur Toulon par la 1re DFL, la 9e DIC, les Commandos d’Afrique et la 3e DIA.

21 août : Le général de Lattre prend lui-même le commandement des opérations. Jusque-là, c’était le général Edgar de Larminat qui dirigeait les opérations.

22 août : Seule la place forte de la Poudrière résiste encore hors de la ville. Elle est détruite suite au tir d’un M10 qui déclenche l’explosion des munitions qui y sont entreposées.

22 août : La ville est encerclée par les troupes françaises, les Allemands ne peuvent plus ni fuir ni recevoir de renforts.

22 août : Les premières forces françaises pénètrent dans la ville.

23 août : La Valette est libérée par le 6e Régiment de tirailleurs sénégalais commandé par le colonel Raoul Salan.

26 août : Le cap Sicié, le fort de Six-Four, les batteries du Bégaillon, du Payras et de Balaguiers, ainsi que la pointe de l’Eguillette sont pris.

27 août : Soldats Français et FFI défilent sur le boulevard de Strasbourg.

28 août : Le Contre-amiral Heinrich Rufhus, réfugié dans les fortifications de la presqu’île de Saint-Mandrier, capitule.

Auteur(s) : ONACVG
Source(s) :

Exposition de l'ONACVG Les Forces de la Liberté, mise en place à l’occasion du 70e anniversaire du débarquement de Provence.

Marseille haut ▲

La Libération de Marseille combine deux mouvements : d’une part, l’action des troupes débarquées sur le littoral varois, à partir du 15 août 1944, en particulier celles de l’armée B ; de l’autre, la grève insurrectionnelle déclenchée à Marseille à l’appel du Comité départemental de Libération (CDL) et des organisations de Résistance.

Celle-ci commence dès le samedi 19 août et de petits groupes de résistants, malgré un manque flagrant de moyens, harcèlent les troupes allemandes. Le 21 août, la préfecture est prise par la Résistance et le CDL s’y installe le lendemain. Les Allemands, qui ont reçu l’ordre de tenir jusqu’au bout, se replient alors sur les îles et les sites fortifiés et détruisent les installations portuaires.

Après avoir enlevé le verrou fortifié d’Aubagne, les troupes de Libération, commandées par le général de Monsabert, entrent dans Marseille le 23 août. Au cours de cinq jours de violents combats, dont l’un des points d’orgue est la prise de Notre-Dame-de-la-Garde, les points d’appui allemands sont pris les uns après les autres. Les batteries des îles sont réduites, grâce aux bombardements massifs de l’aviation américaine.
Le 27 août, la garnison du fort Saint-Nicolas se rend et, le lundi 28 août au matin, le général allemand Schaefer, commandant de la place, capitule. 

Dès le lendemain, le 29 août, un grand défilé de la Libération rassemble, sur la Canebière et le Vieux-Port, les troupes de Libération, les unités FFI et les nouvelles autorités civiles, dont Raymond Aubrac, Commissaire régional de la République.

Auteur(s) : Equipe PACA

Arles haut ▲

À l'annonce du débarquement allié sur les côtes varoises le 15 août, le comité local de libération (CLL) désigne une commission militaire pour préparer la libération. Dirigée par Julien Chavoutier, celle-ci se réunit le 18 août à la villa Lascol, chez Henri Morand à Pont-de-Crau. L'insurrection est décidée. Elle débute le 22 août. Les FFI de Raphèle commencent leurs manoeuvres de harcèlement du côté du château de Barbegal, où se situe l'état-major allemand. Tandis que les résistants occupent l'usine Sud Électrique à Pont-de-Crau pour éviter sa destruction, les combats éclatent à Arles : les FFI prennent la mairie, la sous-préfecture, et la Kommandantur (hôtel Jules-César). Ils libèrent la caserne Calvin, où des prisonniers étaient retenus en otage alors que le bâtiment était miné. À la tombée de la nuit, les FFI organisent la défense de la ville. Le lendemain, les Allemands attaquent par l'avenue de Montmajour (actuelle avenue Stalingrad) et les combats s'engagent place Lamartine. Les FFI sont à pied d'œuvre et, malgré la faiblesse de leur armement, la ligne de défense ne cède pas. En fin d'après-midi, un détachement de Port-Saint-Louis-du-Rhône arrive en renfort. L'ennemi bat en retraite, emmenant vingt otages. Julien Chavoutier envoie un ultimatum : "Pour un otage malmené, je ferai fusiller dix prisonniers." Les otages sont libérés. Le 24 août, c'est dans une ville en liesse que l'avant-garde américaine arrive à Arles, précédant les unités françaises.

Auteur(s) : Marion Jeux

Avignon haut ▲

Durant le printemps et l’été 1944, la population vauclusienne est profondément meurtrie par les bombardements alliés, nombreux en raison de la position stratégique du département, et d’Avignon en particulier, au confluent du Rhône et de la Durance.

La montée au maquis, en réaction à l’annonce du débarquement de Normandie, et les premières libérations réalisées par la Résistance sont sévèrement réprimées par les occupants pendant l’été 1944. Ces derniers prennent parfois pour cible la population civile, comme à Valréas, où des villageois sont exécutés aux côtés des maquisards le 12 juin 1944.

Après avoir débarqué sur les côtes provençales le 15 août, les unités américaines entament la poursuite de la 19e armée allemande. La 3e DIUS (division d’infanterie américaine) pénètre en Vaucluse le 20 août, franchissant la Durance au niveau de Mirabeau. À cette date, l’armée d’occupation allemande, harcelée par la Résistance et les bombardements alliés, a déjà entamé sa retraite. Guidés et appuyés par les FFI, trois détachements américains progressent rapidement, libérant les villes du département sans affrontements sérieux, à quelques exceptions, comme à Apt où les maquisards et une avant-garde américaine s’opposent aux Allemands les 20, 21 et 22 août.

Le 25 août, Avignon est ainsi délivrée sans combats, les occupants ayant déjà quitté la ville. Au matin du 25 août, les premiers détachements de l’Armée B du général de Lattre, venus de Saint-Rémy-de-Provence, puis ceux de la 3e DIUS arrivés en fin de matinée, pénètrent dans la Cité des Papes. La population avignonnaise accueille ses sauveurs et célèbre dans la joie sa liberté retrouvée. La nouvelle délégation municipale, présidée par le docteur Lioure, accueille les officiers dont le général de Lattre de Tassigny, présent à Avignon le 26 août. FFI et militaires défilent, acclamés par la foule, sur les places d’Avignon, arborées des drapeaux tricolore et alliés. Le 27 août 1944, le dernier contingent de l’armée d’occupation se retire du département, plus aucun soldat allemand ne demeure en Vaucluse.

Si, contrairement à Toulon et Marseille, la libération d’Avignon n’a pas donné lieu à des affrontements entre armées de libération et forces d’occupation, elle n’en demeure pas moins une étape importante. À partir d’Avignon, les Américains entament leur remontée sur la rive est du Rhône à la poursuite des troupes allemandes qu’ils affrontent lors de la bataille de Montélimar. Les Français quant à eux, après être parvenus à franchir le fleuve, remontent sur la rive gauche du Rhône en direction de Lyon, libérée le 3 septembre.

Auteur(s) : Laetitia Vion
Source(s) :

Vaucluse 44, l'année de la liberté retrouvée, aspects de la Résistance et de la Libération, Olivier Locquenies, Service départemental de l'ONACVG du Vaucluse, 2004.

La Résistance en Vaucluse, documents et témoignages, Service éducatif des archives départementales du Vaucluse, Centre départemental de documentation pédagogique, 1980.

Digne haut ▲

Le 15 août 1944, pour désorganiser au maximum les mouvements des troupes allemandes alors qu’a lieu sur les plages du Var le débarquement de Provence, les voies de communication de l’arrière-pays provençal sont bombardées. Dans le Haut-Var et les Alpes, les ponts des villes de Vinon, Manosque et Sisteron sont particulièrement visés. Le 16 août, le pont de la Bléone à Digne est bombardé, et, de nouveau, le viaduc de Sisteron, également frappé le 17 et le 19 août. Ces raids aériens causent des dégâts importants dans ces deux villes. Les maquis participent à cette désorganisation en dynamitant certains ouvrages (Les Mées, Volonne) et en commençant à harceler les troupes allemandes (attaques de convois).

Les armées de Libération cherchent à rejoindre le plus rapidement possible Grenoble et la vallée du Rhône. Sur la base des renseignements fournis à Alger par le colonel Zeller, et de l’évolution de la situation sur place, un groupement blindé temporaire, capable d’interventions rapides, est organisé à cet effet au Muy, au sein des forces américaines, la Task Force Butler (du nom du général qui commande la formation). Le 18 août, la Task force quitte le Muy, s’avance vers le nord, atteint le plateau de Valensole et Riez. Digne n’est pas sur sa route. Mais, le 19 août au matin, pour éviter toute menace allemande sur le flanc droit de la colonne, Butler envoie une compagnie (la compagnie B) vers la ville. Celle-ci arrive dans la matinée à proximité de Digne, autour de laquelle les maquisards ont établi des barrages. Les troupes américaines, appuyées par les résistants, s’avancent dans les quartiers sud. Mais l’arrivée de renforts est nécessaire pour emporter la décision et obtenir la reddition des Allemands en fin d’après-midi.

Auteur(s) : Pierre Ciantar
Source(s) :

Guy S. Reymond, Ça sentait la liberté et l’espérance… Histoire de la libération de Digne 14-20 Août 1944, Ed. Les Petites Affiches, 1er trimestre 1993.

Jean Garcin, De l’Armistice à la Libération dans les Alpes de Haute-Provence, 17 juin 1940-20 Août 1944, imprimerie B. Vial, 2e trimestre 1983, 2e ed. 4e trimestre 1990, pp. 414-415.

Arthur Layton Funk, Les Alliés et la Résistance. Un combat côte à côte pour libérer le Sud-Est de la France, Aix, Édisud, 2001, trad. Christine Alicot (ed. originale, Hidden Ally, The French Resistance, Special Operations, and the Landings in Southern France, 1944, Greenwood Press, 1992), pp. 85-93.

Nice haut ▲

Le 24 août, date de la libération de Grasse, Cannes et Antibes par les parachutistes américains de la First Airborne Task Force en collaboration avec les FFI locaux, les résistants niçois eurent la confirmation que la mission de la division américaine devait consister à protéger le flanc Est des troupes débarquées à partir du 15 août sur les côtes varoises et qu’elle ne devrait pas dépasser l’embouchure du fleuve Var. Le jour même, la mouvance communiste (PCF, FTPF, FTP-MOI, Milices Patriotiques, CGT) constitua un comité insurrectionnel devant proclamer le soulèvement lorsque les conditions optimales seraient réunies (approche des troupes alliées, descente des compagnies FTP et ORA retenues à une vingtaine de kilomètres au nord de Nice autour du verrou Plan-du-Var – Levens – La-Roquette-sur-Var, acceptation de la mouvance gaulliste).

L’objectif du comité, présidé par le responsable du PCF René Houat-Duchêne et au sein duquel le responsable départemental FTPF Philippe Giovannini-Souny faisait fonction de chef d’état-major, était double : en premier lieu éviter les destructions retardatrices que les unités de la 148e Ersatz Division (ED) avaient effectuées à Cannes et à Antibes entre le 19 et le 23 août et dont on savait qu’elles seraient plus importantes dans le chef-lieu et particulièrement dommageables pour la reprise économique comme pour la satisfaction des besoins élémentaires des Niçois ; en second lieu, opposer une résistance armée au repli de l’occupant et, le cas échéant, convaincre les unités américaines de pénétrer dans la ville. Ce fut pourquoi les principales entreprises (dépôt SNCF Saint-Roch, dépôt TNL Sainte-Agathe, Usine à Gaz, Etablissements Michel, Poste Thiers, Garage Renault) étaient occupées par leurs salariés armés (Milices Patriotiques) depuis le 25 août et que la grève générale avait été lancée par la CGT. Les parachutistes étant parvenus à Saint-Laurent-du-Var dans l’après-midi du 27 août et les compagnies FFI déployées à Levens étant durement accrochées et dans l’impossibilité de descendre sur Nice, le comité insurrectionnel décida vers 18 heures de déclencher le soulèvement du chef-lieu le lendemain matin, afin de soulager les maquisards en difficulté à Levens et de harceler la garnison niçoise de la Wehrmacht (environ 1 500 hommes) ainsi que les troupes de la 148e ED retraitant de l’arrondissement de Grasse vers la frontière italienne. Le comité insurrectionnel ne pouvait alors compter que sur 50 FTPF et 60 FTP-MOI, armés de mousquetons, de pistolets, d’une vingtaine de mitraillettes et de quatre fusils-mitrailleurs mais il comptait sur le patriotisme de la Police et de la Gendarmerie, sur le soutien de la population et le concours des forces militaires de la mouvance gaulliste (CFLN, Mouvement Combat), qui fut prévenue peu après.

Ce fut pourquoi, vers 6 heures, environ 350 FFI entamèrent la guérilla urbaine, harcelant les patrouilles de l’occupant, ses déplacements en camions, ses casemates disséminées dans le centre-ville, récupérant de nombreuses armes automatiques et des caisses de munitions tandis que 800 membres des Milices patriotiques défendaient avec succès leurs entreprises transformées en citadelles, l’Hôtel de Ville, la Préfecture, l’Intendance de Police et le Lycée de Garçons étant occupés par des combattants sans uniforme arborant le brassard tricolore portant le sigle FFI. Vers 10 heures, les policiers du Corps Urbain se rallièrent aux insurgés, désormais près d’un millier, et de multiples accrochages intervinrent, démoralisant les occupants dont beaucoup de soldats étaient des Polonais ou des Tchèques incorporés de force dans la Wehrmacht. A 19 h 30, le Feldkommandant Nickelmann donna l’ordre d’abandonner une ville « infestée de terroristes », tandis que la Kriegsmarine faisait sauter le port. Vers 23 heures, les dernières unités allemandes ayant combattu à Levens traversèrent le centre-ville en le mitraillant copieusement afin de s’ouvrir la route de Villefranche-sur-Mer. 

Les insurgés se retrouvèrent donc maîtres d’une grande ville pour la libération de laquelle 32 d’entre eux perdirent la vie et 280 furent blessés ; l’ennemi avait perdu 29 tués et 105 prisonniers pour les Allemands, 4 tués pour les miliciens fascistes-républicains du bataillon Nizza. Après des échanges avec les insurgés, l’envoi de patrouilles de reconnaissance et l’autorisation donnée par le général Patch, le 509e bataillon de parachutistes fit son entrée dans le chef-lieu le 30 août vers 15 heurs, accueilli par la population comme s’il avait été son libérateur. La mouvance communiste disposa d’une majorité relative dans les assemblées désignées (Comité départemental de Libération, Délégation spéciale de Nice) et essaya d’exploiter le prestige issu de la réussite de l’insurrection avec une affiche Le Front National libérateur de Nice et une série de timbres-poste surchargés FN-28 août 1944.

Auteur(s) : Jean-Louis Panicacci
Source(s) :

Jean-Louis Panicacci, « La libération de Nice : 28 août 1944 (Soulèvement patriotique ou journée révolutionnaire ?) », Provence Historique, fascicule 144, avril-juin 1986, pp. 213-223.

Joseph Girard, La Résistance et la libération de Nice. La fin d’une légende ?, Nice, Serre éditeur, 2006.

Jean-Louis Panicacci, Les Alpes-Maritimes dans la guerre, 1939-1945, Paris et Riom, De Borée, 2013.