"Les victimes : diversité et représentativité de la Résistance"

L’examen des notices biographiques individuelles des fusillés de Signes conduit à deux remarques importantes : la première est le constat de leur grande diversité sociale, professionnelle et politique, le seconde est leur représentativité de la Résistance régionale en 1944.

Ces résistants sont, en effet, issus de milieux sociaux très variés. Certains d’entre eux sont des urbains, nés dans de grandes villes de la région où ils habitent (Marseille, Aix-en-Provence, Salon, Avignon, Draguignan, Saint-Raphaël, Digne, Sisteron…). D’autres sont nés et vivent dans des territoires ruraux et dans les villages qui les parsèment.  Ils sont de tout âge, de 18 à 59 ans. Ils travaillent en majorité dans le secteur tertiaire, celui des services. Cette situation est sans doute liée aux mouvements principalement visés par cette répression, les Mouvements unis de Résistance-Mouvement de Libération nationale (MUR-MLN), leur Organisation universitaire (OU) et la Mission interalliée. Mais les autres secteurs (secondaire productif et primaire agricole) sont également représentés.

Cette caractéristique ne doit pas masquer la grande étendue de l’éventail professionnel des fusillés de Signes. Quelques-uns sont encore étudiants, certains ont à peine quitté le lycée. D’autres ressortent de professions différentes : instituteur, professeur agrégé de philosophie, décorateur, avocat, notaire, médecin, pharmacien, contrôleur des PTT, chef-mécanicien à la SNCF, artisan-mécanicien, peintre en bâtiment, négociant, courtier, employé dans la marine marchande, directeur de services publics, adjoint des Ponts et chaussées, entrepreneur de travaux publics, agriculteur, directeur de coopérative agricole. L’ensemble comporte un fort contingent de militaires, dont un capitaine de l’armée de l’Air passé par Polytechnique et des officiers sortis de Saint-Cyr.

La sensibilité politique de ces résistants est également très diverse. Beaucoup sont socialistes ou socialisants, quelques-uns communistes ou communisants, d’autres étaient avant-guerre nettement à droite, d’autres, encore, se réclament du christianisme social et certains (en particulier membres de l’Organisation de Résistance de l’armée, ORA) se refusent à prendre des positions politiques.

Au-delà de cette diversité, deux éléments importants rendent les fusillés de Signes représentatifs de la Résistance régionale en 1944. Tous les mouvements de Résistance n’ont pas l’honneur tragique d’être représentés en fonction de leur importance. Mais beaucoup des fusillés de Signes occupent des responsabilités qui concernent l’ensemble des mouvements. C’est le cas, entre autres, avec le Comité départemental de libération (CDL) des Basses-Alpes, présidé par Louis Martin-Bret, Michel, ou avec le Chef régional des FFI, Robert Rossi, Levallois. Enfin, le vallon des fusillés porte témoignage de l’union dans l’action (et dans le sacrifice) de deux catégories que l’on a trop souvent tendance à opposer : la Résistance dite « intérieure » et celle dite « extérieure ». On voit très concrètement comment elles se combinent et se complètent au fil des opérations contre l’occupant, sans que cette union soit pour autant exempte de polémiques et de tensions. Notons, à ce propos, que les membres de la Mission interalliée ne sont pas, pour la plupart, originaires de la région, ce qui est logique pour des militaires d’active. Ils comptent parmi eux des originaires de Normandie ou de l’Oise et des militaires étrangers, britannique ou américain (dont un membre de l’Office of Strategic Services, OSS, services spéciaux américains). La Résistance régionale s’appuie aussi sur les Alliés.

Auteur(s) : Robert Mencherini

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