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Attentat contre l’avocat général Pierre Lespinasse à Toulouse le 10 octobre 1943

Légende :

Photographie judiciaire des lieux de l'attentat perpétré contre Pierre Lepinasse à Toulouse.
Au verso, plan des lieux de l'attentat.

Genre : Image

Type : Photographie

Source : © Conseil départemental de la Haute-Garonne/Archives départementales, 5795 W 574 Droits réservés

Détails techniques :

Photographie analogique en noir et blanc

Date document : 10 octobre 1943

Lieu : France - Occitanie (Midi-Pyrénées) - Haute-Garonne - Toulouse

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Contexte historique

Pierre Lespinasse est né à Montluçon (Allier) le 2 juillet 1881. Au début des années 1930, il est substitut général à la cour d’appel de Toulouse. Il est avocat général auprès de la Section spéciale lorsque Marcel Langer, premier commandant militaire de la 35e Brigade FTP-MOI, arrêté le 6 février 1943 alors qu’il transportait des explosifs, est jugé. Pierre Lespinasse requiert la peine capitale en ces termes : "Vous êtes Juif, étranger et communiste, trois raisons pour moi de réclamer votre tête". Marcel Langer est condamné à mort le 21 mars 1943, puis exécuté le 23 juillet 1943, dans la cour de la prison Saint-Michel de Toulouse.

Victor Bardach (alias Jan Gerhard), successeur de Marcel Langer comme commandant militaire de la 35e Brigade, décide de le venger. Il cherche l’adresse de Lespinasse dans l’annuaire téléphonique. La préparation de "l’opération  Lespinasse" se déroule en trois temps : recueillir des informations sur les heures et itinéraires de déplacement de la cible, définir le mode opératoir et réaliser l’action.

Édith Haithin (alias Catherine Varlin) coordonne les filatures. L’Italien Enzo Lorenzi, dit Robert le blond, est désigné pour être le tireur. Deux autres combattants le couvriront. Le jour choisi, le trio se cache dans un jardinet face à la maison qui a été repérée. Prise d’un doute quant à l’horaire de sortie de Lespinasse du tribunal, Édith Haithin se rend au Palais de Justice et demande au concierge de lui désigner M. le Procureur Lespinasse, en prétextant un rendez-vous. Sur sa réponse, elle comprend que la personne qui allait être exécutée n’était pas celle qui avait été suivie. Elle n’a que le temps d’enfourcher sa bicyclette pour stopper l’opération.

L’avocat général ne figurait pas dans l’annuaire d’où la méprise, il faut désormais reprendre les filatures. Pierre Lespinasse ayant reçu une lettre de menaces, il est désormais très précautionneux. Tous les jours un chauffeur vient le chercher au palais de justice pour le reconduire à son domicile en changeant régulièrement d’itinéraire. Édith Haithin est la seule à connaître son visage, elle reprend la filature depuis le palais de justice avec sa bicyclette, mais au bout de quelques centaines de mètres elle perd de vue la voiture. Il faut reprendre le lendemain au même endroit, et, comme cela, petit bout par petit bout, jusqu’à ce que son domicile, 17 rue André Delieux, à Toulouse soit identifié.

Il est alors observé que Pierre Lespinasse a pour habitude chaque dimanche de se rendre à pied à la messe, à la Chapelle de l’Orphelinat (sise allée des Demoiselles), en compagnie de son épouse et de sa belle-sœur, sans gardes du corps. Quelques jours avant l’action Enzo Lorenzi vient étudier les lieux. Le 10 octobre 1943, il est positionné Allée des Demoiselles, ses protections sont en place. L’avocat général sort de son domicile, avec son épouse et sa belle-sœur. Tous trois suivent la rue André Delieux jusqu’au croisement avec l’Allée des Demoiselles. Enzo démarre alors avec son vélo et, arrivé à hauteur du groupe, tire à quatre reprises sur Pierre Lespinasse qui s’écroule mortellement blessé.

L’opération est citée par Radio-Londres comme une grande action de la Résistance. Dorénavant les magistrats de Toulouse sont moins enclins à siéger dans les tribunaux spéciaux ; ils ne prononcent plus de condamnations à mort contre des résistants. Seules les cours martiales, instaurées le 20 janvier 1944 par Joseph Darnand, Secrétaire général au maintien de l’ordre, reprirent cette triste besogne.

La Dépêche du 11 octobre parla "d’odieux attentat", le Préfet régional  Cheneaux de Leyritz annonça "une répression qui sera exemplaire".


Auteur : André Magne

Sources et bibliographie :

Service Historique de la Défense, Vincennes, GR 19 P 31, 35e Brigade FTP-MOI
Archives Départementales de la Haute-Garonne, 5795 W 574, enquête de police sur l’attentat contre Pierre Lespinasse.
Jean-Yves Boursier, La guerre des partisans dans le sud-ouest de la France 1942-1944, la 35e brigade FTP-MOI, Paris, L’Harmattan, 1992.