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Témoignage d’Henri Entine sur l’entrainement militaire

Légende :

Moniteur d’éducation physique à Eysses. Extrait vidéo du documentaire « Eysses, une prison dans la Résistance » (Amicale d'Eysses / IFOREP).

Genre : Film

Type : Témoignage filmé

Producteur : Amicale d’Eysses / IFOREP

Source : © Association nationale pour la mémoire des résistants et patriotes emprisonnés à Eysses Droits réservés

Détails techniques :

Durée totale : 52 minutes. Durée de l'extrait : 00 :00 :52s. Emplacement de l'extrait : 0 :29 :24s    

Date document : 1987

Lieu : France - Nouvelle-Aquitaine (Aquitaine) - Lot-et-Garonne - Villeneuve-sur-Lot

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Analyse média

Le film retraçant l'histoire d'Eysses est décidé lors du 40ème congrès en 1985 pour donner un contenu plus historique que celui du livre édité précédemment. Le film tourné à Villeneuve-sur-Lot et à Eysses en février 1986, sort en janvier 1987, sous le titre « Eysses, une prison dans la Résistance ». Il retrace en cinquante deux minutes les victoires remportées dans la prison, le grand dessein : l'évasion du 19 février et son échec, ce qu'était l'esprit d'Eysses, fait de tolérance, de civisme, d'abnégation, tout en le replaçant bien dans le contexte.
   
Sollicité par la direction du Collectif des détenus, Henri Entine est chargé de créer une organisation de culture physique. En occupant les détenus et en leur redonnant une santé physique, les responsables de l’organisation clandestine des détenus d’Eysses ont pour objectif de créer une structure militaire en employant les techniques d’entraînement du soldat.


Retranscription
:
"Ce sont les organisations apparentes et clandestines du bataillon qui m'avaient sollicité de façon à créer cette organisation de culture physique pour un certain nombre de raisons. D'abord pour occuper les jeunes et leur donner, effectivement parce qu'ils étaient enfermés depuis longtemps, leur redonner une santée physique orientée vers des exercices de souplesse, de souffle et d'endurance. Et petit à petit avec une organisation militaire cachée, par exemple sous prétexte de souplesse des épaules, c'était le rampé tel qu'on le pratiquait dans l'armée. Le pseudo lancer du poids était en fait le lancer de grenades que certains ne connaissaient pas parce qu'ils n'avaient pas fait encore leur service militaire."


Auteur : Fabrice Bourrée
Sources : Corinne Jaladieu, "Naissance d'une amicale", article non publié.

Contexte historique

Eysses choisie pour être une forteresse sûre, devient une prison rebelle. La part des revendications politiques et symboliques dépasse les revendications matérielles. L’organisation clandestine comporte un volet militaire destiné à organiser l’évasion pour reprendre le combat. On dépasse de loin la tradition de lutte des prisonniers pour un ordinaire meilleur ; plus que d’honneur, il est question de Résistance.

Au sein de l’organisation clandestine des détenus de la centrale d’Eysses, les hommes sont structurés en groupes, sections, compagnies, le tout formant un bataillon, coiffé d’un état-major sous la direction du commandant Bernard et de la commission militaire du Front national. C’est l’expérience du combat et du commandement lors de la guerre d’Espagne qui vaut à Fernand Bernard d’être désigné pour diriger l’organisation militaire des détenus. Sous sa direction, l’Etat-major général de la prison a la responsabilité d’organiser militairement chaque préau qui représente une compagnie. Les groupes de dix (principe d’organisation de l’armée française) sont formés avec des directives pour que gaullistes et communistes soient mélangés. Les Espagnols restent groupés même s’ils s’intègrent à l’organisation générale. Chaque préau a un commandant militaire, de même qu’il a un responsable FN. L’encadrement est assuré par une trentaine d’officiers et suffisamment de cadres subalternes (sous officiers, gradés de l’armée, cadres FTP ou de groupes francs). L’Etat-major dispose de son propre service de renseignements sur l’activité à l’intérieur et à l’extérieur de la prison. Par sécurité, ceux de la base ne connaissent pas le chef de compagnie. Une instruction militaire et des cours de maniement d’armes sont donnés, sous couvert des cours autorisés, l’éducation physique régulière devient obligatoire en janvier 1944, dans la perspective de l’évasion.

Il convient cependant de relativiser la portée de cette formation. La force militaire des détenus réside en fait dans leur organisation minutieuse et leur discipline indispensables pour un groupe aussi nombreux. Michel Poulet, responsable militaire gaulliste du préau 3 parle d’« une unité militaire cohérente, parfaitement préparée à son objectif : évasion collective en unités combattantes destinées à rejoindre les maquis, dont les points de chute étaient par avance connus et déterminés. » (AN, 72AJ282, A.5.I, rapport de M. Poulet).


D'après l'ouvrage de Corinne Jaladieu, La prison politique sous Vichy. L’exemple des centrales d’Eysses et de Rennes, L’Harmattan, 2007.