Note sur l'action militaire dans le Vercors - visite de Chavant, 27 mai 1944

Légende :

Note sur l'action militaire dans le Vercors émanant de la Direction générale des Services Spéciaux (DGSS), rendant compte de la visite d'Eugène Chavant, Clément, accompagné de Jean Veyrat, Raymond, à Alger le 29 mai [en fait le 27 mai] 1944

Genre : Image

Type : Note

Source : © SHD - Fonds Ziegler 1 K 374 "Rapports de mission" Droits réservés

Détails techniques :

Document dactylographié de 5 pages (voir album photo lié). Voir aussi la transcription dans "Pour en savoir plus".

Date document : Sans date

Lieu : France - Rhône-Alpes

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Analyse média

Cette note portant la mention « Très secret » concerne la visite de MM. Chavant (Clément) et Veyrat (Raymond), à Alger, fin mai 1944.
Elle relate l’entretien qu’ils ont eu avec le lieutenant-colonel Constans (Saint-Sauveur), chef du Service Action du BCRA à Alger, ainsi que les dispositions prises à son issue concernant la poursuite ou non du « Projet Montagnards ». Cette question était l’objet de leur voyage – périlleux – à Alger. 

[Voir l'album photo - la transcription est également disponible ci-dessous, à la rubrique "Pour en savoir plus".]


Philippe Huet

Contexte historique

Le document présenté ici – exhumé du Fonds Ziegler -1 K 374 "Rapports de mission" des archives du SHD – est remarquable, voire central à bien des égards :

1/ Il explique pourquoi Chavant rentrant d’Alger a pu confirmer à Descour (Bayard), chef d’État-major de la Région R1, la validité du Plan Montagnards par Alger au jour J, puisqu’il est précisé que « Le message radio destiné à déclencher le « verrouillage » du Vercors sera celui fixant la mise en alerte de la Région R1 » (p. 5 § d)*.

La mission du Vercors exposée par Chavant est donc confirmée : « Faire du Vercors un bastion de la Résistance susceptible de servir de base à des parachutages et des opérations (p.1 § b) – par l’aménagement de terrains de parachutage et si possible d’atterrissage pour des troupes aéroportées » (p. 2 § b). 

À aucun moment, il n’est question de « guérilla » - ce qui légitime le choix défensif initial du commandement civil et militaire local. De ce fait, les polémiques sur ce choix oublient quelle était la mission du Vercors – en tous cas pas la guérilla, dans un premier temps.

2/ Cependant, l’ordre de mission de Jacques Soustelle résultant de cette réunion ajoute une notion de « réalisation du Plan » « tout en restant dans le cadre du plan définitif général de la Région R1 » (p. 5 § e). Cet ajout serait justifié par la constatation que (p. 4 § d) [selon les quelques télégrammes reçus à Alger de la mission Sphère-Union], « le Vercors semble un élément d’un plus vaste ensemble englobant notamment la Savoie, la Drôme et l’Isère ».

Manifestement, le BCRA d’Alger manque d’informations sur cet « ensemble ».

A-t-il considéré que le Délégué militaire régional de R1 avait les éléments pour décider de l’attitude à avoir au jour J ? Est-ce une esquive ?

Il faut noter aussi que l’ordre de mission ne contient pas explicitement de promesses de troupes aéroportées.

3/ La note énumère, en page 5, les engagements précis d’Alger (a, b, c, d, e, f). Il conviendrait de les comparer aux demandes de Chavant et aux réalisations effectuées par Alger (armement, subsides, messages radio, ordre de mission, etc.).

Il faut remarquer que le mot « Alliés » n’est prononcé qu’une fois (p. 5, § b) et qu’à l’évidence, le BCRA sait peu ou pas de choses sur les intentions des Alliés pour la Région R1, notamment le Vercors… En effet, la note est précise sur le « verrouillage » mais ne dit rien de précis sur la suite.

4/ La note est aussi éclairante sur bien des points, par exemple :

- le fonctionnement des organes centraux et déconcentrés de la Résistance, le Comité français de la Libération nationale, la Direction Générale des Services Spéciaux, la Direction Technique, le Comité d’Action France, les Délégués Militaires Régionaux (DMR).

- les liens « décalés » entre Londres et Alger : l’allusion à la mission Sphère-Union (p. 4)– et le § e p. 5 « Londres sera avisé par ailleurs… » ;  « une mission dirigée par un officier français sera envoyée de Londres… »).

- le financement de la Résistance (dons privés, subventions d’Alger, braquages…).

NB : Il serait intéressant de connaître la diffusion de cette note (Chavant en a-t-il eu connaissance ?) au sein de l’État-Major d’Alger, voire de Londres.

 

Pour en savoir plus :

Transcription

Une idée de dimension stratégique : le Projet Montagnards (G. Giraud)

Les parachutages (G. Giraud)

Les services secrets et les liaisons radio dans le Vercors (G. Giraud)


Auteurs : Philippe Huet et Guy Giraud

* Références : se reporter à la transcription