Mise en place des FFI dans la région de Toulouse

Genre : Film

Type : Témoignage filmé

Producteur : Ministère de l'Intérieur - DICOM

Source : © Mémorial Leclerc - Musée Jean Moulin Droits réservés

Détails techniques :

Extrait : 00 :08 :24 - Interviewer : Christine Lévisse-Touzé - Lieu : Paris - Date : 03/12/98.

Lieu : France - Ile-de-France - Paris - Paris

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Analyse média

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Serge Ravanel raconte comment la mise en place des FFI (Forces françaises de l'intérieur) dans la région de Toulouse a été difficile, notamment à cause de fortes personnalités chez les chefs de la Résistance locale.

Cet extrait est tiré du film Sur les pas de Jean Moulin, réalisé par Alex Boutin en partenariat avec le Mémorial Leclerc – Musée Jean Moulin (ville de Paris), production Ministère de l'Intérieur - DICOM, février 2009.



""        Organizing the FFI in Toulouse

Serge Ravanel recalls how difficult organizing the FFI in Toulouse was, mainly because of disagreements with the colorful local Resistance leaders.


Traduction : Catherine Lazernitz


Contexte historique

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Les Forces françaises de l’intérieur (FFI) sont créées le 29 décembre 1943 : un accord est signé Pierre Dejussieu, « Pontcarral », pour l’Armée secrète (AS), par le colonel Beaufils, « Latour », au nom des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) et par Louis-Eugène Mangin pour le Comité français de la Libération nationale. Le but est d’unifier les commandements au niveau départemental, régional et national, les unités conservant leur indépendance. Le 26 février 1944, l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) est intégrée aux FFI. 

En fait, il faudra du temps pour les mettre en place, en particulier, dans la région R4. Serge Ravanel ("Verdun", "Hexagone", "Brotteaux") est chargé tardivement de cette mission. Une lettre de Malleret ("Joinville") du 17 mai 1944 fait de lui le " représentant désigné des FFI pour la région de Toulouse, titre (qu'il) cumule avec celui de chef régional CFL ". Un peu plus tard, le 6 juin 1944, un télégramme du général Koenig, adressé à " Hexagone ", confirme cette nomination. Reste à la faire accepter. Or, Pommiès, le chef du Corps Franc, la conteste, car Londres, interrogé, nie toute désignation concernant..."Verdun". Mais c'est une réponse normale, puisque c'est sous le nom d' " Hexagone ", autre pseudonyme de Serge Ravanel, que celle-ci a été faite. La situation est en fait très complexe. La création des FFI suppose une bonne coordination entre des groupements qui se sont développés séparément, et qui sont différents pour tout ce qui touche l'action et les objectifs. Il faut surmonter les particularismes, les différences d'orientation et de stratégie, le climat de méfiance ou de rivalité qui a pu exister jusque-là. A cela s'ajoutent des oppositions de personnes et des rivalités de pouvoir. 

Cependant, petit à petit, les choses avancent. Comme l’explique Ravanel, il a fallu " convaincre (plutôt que) de donner des ordres ". Aux CFL viennent se joindre, sans trop de difficultés, les FTPF, les guérilleros, le bataillon de l'Armagnac (groupe Parisot du Gers). Avec l'ORA, un accord définitif est signé fin juillet-début août, mais... Pommiès ne l'accepte pas. Il refuse toute mission autre que militaire et, ayant l'impression d'être mis devant le fait accompli, il préfère démissionner de son poste de chef régional ORA... sans pour autant rompre les ponts avec le commandement FFI. Les relations n'en restent pas moins difficiles. C'est aussi le cas du CFMN. Situé dans la Montagne noire aux limites des régions R4 et R3, celui-ci constitue une force bien équipée mais vulnérable, autonome, et qui refuse " d'appliquer la tactique préconisée de la guérilla ". Aux dires de Ravanel c'est la seule formation à avoir vraiment " refusé l'intégration dans les FFI " en R4. A la veille de la Libération on peut dire qu'il existe bien une force FFI en R4, notamment en Haute-Garonne. On a évalué à 7 342 le nombre des AS-CFL dans ce département, à 2 730 celui de l'ORA et à seulement 1 484 celui des FTPF. Ce sont des chiffres sans doute partiels, mais des ordres de grandeur tout de même. 

Le chef de l'AS et des CFL, Jean-Pierre Vernant, est devenu le chef départemental FFI. Il dispose d'un état-major où sont représentés, tout à la fois, les CFL (avec Jean Miailhe), les FTPF (avec "Le Mineur") et l'ORA (avec le commandant Dubié). Au niveau régional, Ravanel est en principe à la tête d'une force totale de 43 648 FFI (dont 15 933 FTPF, concentrés surtout dans le Lot et en Ariège, 14 254 AS-CFL et 9 402 ORA). Dans son état-major on trouve des représentants de l'AS-CFL avec Cartier-Bresson (" Vincent "), des FTP avec Delcamp (" Greno "), de l'ORA avec de Bermond de Vaulx (" Graves "). Des liaisons existent avec le Corps Franc Pommiès grâce à Sarrazin (" Tavernier "), avec le bataillon de l'Armagnac (groupe Parisot), avec les guérilleros et avec les groupes Veny qui sont présents surtout dans le Lot. Le bilan n'en reste pas moins nuancé et contrasté. La situation des groupements FFI est très inégale. L'afflux des volontaires dans les maquis, après le 6 juin, accentue les problèmes de formation, d'encadrement et d'armement. Malgré des demandes incessantes, les moyens envoyés par Londres et Alger restent insuffisants. Quant à la réalité de l'unification ou, plus simplement, de la coordination entre les groupements, elle est encore pour le moins incertaine, si on en croit ce qu'écrit le responsable régional SAP, Henri Guillermin (" Pacha "), dans son courrier du 2 août adressé au BCRA : " Les FFI n'existent que sur le papier. La fusion n'est pas faite, et tout laisse prévoir qu'elle sera longue à réaliser. " Il parle même de l'existence de " rancunes et (de) haines locales " qui ne peuvent que retarder le mouvement.



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The Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) were officially established on December 29th, 1943 when Pierre Dejussieu («Pontcarral») from the AS, Colonel Beaufils («Latour») representing FTPF, and Louis-Eugène Mangin from CFLN signed the agreement. The FFI's goal was to unite the different Resistance's military leadership and organize the groups into departments at the regional and national level, while still conserving each group's independence. On February 29th, 1944, ORA joined forces with the FFI.

In reality, however, implementing the new order would take time, particularly in R4. Serge Ravanel («Verdun,» «Hexagone,» «Brotteaux») serving as the regional leader for the CFL, was asked to take on this mission late in the game. A letter from Malleret («Joinville») on May 17th, 1944, asked him to «represent the FFI for the region of Toulouse in addition to his responsibilities for the CFL.» A month later, on June 6th, 1944, General Koenig sent a telegram to «Hexagone» that confirmed the nomination. There was nothing for Ravanel to do but accept. However, the Head of the CFP, Pommiès, rejected Ravanel's candidacy because London, when asked, knew nothing about this «Verdun» character. So naturally, Ravanel took on the alias «Hexagone» and accepted his post in the FFI. The situation turned out to be incredibly complex. In order for the FFI to work, like for the CFL before it, all of the independent groups would have to agree to come together and coordinate. The trouble was that each group had developed their own strategies, objectives and leadership well before the FFI had come along. The FFI's challenge was to overcome these differences and rivalries in order to create a harmonious entity. This would not be easy given, for example, that the FTPF and the CFL were fighting for a liberal and revolutionary France while the ORA-CFP and CFMN only wanted to focus on the military offensives, not politics. These tensions created an internal power struggle.

However, little by little, the FFI made progress. As Ravanel himself said, they had to «convince the groups (rather than) give orders.» The FTPF, the guérilleros, and Armagnac's battalion (Parisot from the Gers' group), from the CFL joined the FFI without too much difficulty. From the ORA, an «agreement» engineered by Colonel Pfister («Marie»), was reached on May 30th that guaranteed the «profound and original nature of each organization.» By the end of July or the beginning of August, an official document had been signed but...Pommiès refused to accept it. More specifically, he refused to take part in any non-military mission and ardently opposed any «men from the CFL or the FTP named as leaders for the CFP.» Wanting to give the impression that he had made his decision before the agreement, Pommiès resigned his post as regional head of the ORA...and by doing so, did not burn any bridges with the FFI. There was no further tension between Pommiès and Ravanel; the same was true for the CFMN. Located in the Montagne noire between the R4 and R3, the CFMN group there was well equipped, independent, but vulnerable and refused to «employ guerilla tactics.» According to Ravanel, they were the only group in the R4 who «refused to join the FFI.» On the eve of the Liberation, there was a strong FFI presence in R4, particularly in Haute-Garonne. There were 7,342 men from the AS-CFL, 2,730 from ORA, and only 1,484 from the FTPF. These are clearly partial figures, but the percentages are correct.

The head of the AS and the CAL, Jean-Pierre Vernant, became the departmental head of the FFI. Vernant established Etat-Major that represented the CFL (with Miailhe), the FTPF (with «Le Mineur»), and ORA (with Dubié). Ravanel was the head of the FFI at the regional level. In Toulouse, Ravanel led a force with 43,648 men strong for the FFI (15,933 of whom were FTPF in Lot and Ariège, 14,254 from the AS-CFL, and 9,402 from ORA). In the Etat-Major, the AS-CFL representative was Cartier-Bresson («Vincent»), for the FTP was Delcamp («Greno»), and for the ORA was Bermond de Vaulx («Graves»). Communication with the CFP, Armagnac's battalion, the guerilleros, and the Veny groups in the Lot were all upheld thanks to Sarrazin («Tavernier»). But FFI's situation was still treated differently from the other Resistance organizations. The influx of volunteers for the maquis, after June 6th, accentuated the formation, organization, and armament problems. Despite the FFI's continuous requests for more supplies, London and Algeria ignored their pleas. They suspected the Resistance in Toulouse of being too «independent,» too «anarchist,» too «revolutionary» and refused to trust them. When in reality the unification, or more simply, the coordination between the groups was far less certain. As the regional head of the SAP, Henri Guillermin («Pacha»), wrote on August 2nd to the BCRA: «The FFI only exists on paper. The fusion has not yet happened, and it is clear that it will take a long time for the groups to come together.» He also talked about the «local resentment and hatred» of the FFI that only made progress more difficult.


Traduction : Catherine Lazernitz


 

Sources Dictionnaire historique de la Résistance, sous la direction de François Marcot, coll. Bouquins, Robert Laffont, Paris, 2006. Michel Goubet, in cédérom sur la Résistance en Haute-Garonne, AERI, 2008.