Stèle à la mémoire de Marius Mabboux

Légende :

La stèle se situe en bordure de la route nationale 7 à 1 km au nord de Serves-sur-Rhône.

Genre : Image

Type : Stèle

Producteur : cliché Alain Coustaury

Source : © Archives Alain Coustaury Droits réservés

Détails techniques :

Photographie numérique en couleur.

Date document : Octobre 2011

Lieu : France - Auvergne-Rhône-Alpes (Rhône-Alpes) - Drôme - Serves

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Analyse média

La stèle est constituée d'un bloc de calcaire dont la partie centrale, polie, porte le texte relatif à Marius Mabboux. Elle a été érigée par la section locale de l'Association nationale des anciens combattants de la Résistance. Située au bord de la route nationale 7, sur une petite aire de repos, elle peut être lue par de nombreux automobilistes qui s'arrêtent. Son site met en valeur les particularités de cette région septentrionale de la Drôme. Le monument est au cœur du défilé épigénique du Rhône de Laveyron à Tain-l'Hermitage. Il est entre la route nationale 7, surplombée par la voie ferrée, et le Rhône. Ce dernier longeait immédiatement la route avant les travaux d'aménagement hydroélectrique de son cours. Profitant de ces conditions géographiques, la Résistance a mené tout le long du défilé des actions de sabotage contre la voie ferrée et monté des embuscades contre les convois qui empruntaient une route nationale beaucoup moins large et plus sinueuse qu'elle ne l'est actuellement.


Auteur : Alain Coustaury

Contexte historique

Mabboux Marius est né en 1902 à Ugines (Haute-Savoie). Il avait terminé la guerre de 1914-1918 comme adjudant, chef de section d'infanterie. À Saint-Uze, fin 1941, il constitue un élément du Front national avec Louis Perrichou, Antoine Pacalet, Marcel Brunet et Léon Rozier (ces deux derniers de Saint-Barthélemy-de-Vals). Cette équipe distribua journaux, tracts et diffusa Combat, Libération, Franc-Tireur, fournis par des Résistants de Valence-sur-Rhône. Elle recueille et camoufle des réfractaires au STO. En mars 1943, Marius Mabboux rejoint Drouot (« L'Hermine ») alors commandant de la Résistance militaire en Drôme-Nord, et fera partie de la SAP d'Henri Faure, pour lequel il assure la réception des parachutages dans la région de Saint-Uze, notamment sur le terrain « Ajusteur ». Ces deux organisations fournirent armes et explosifs à un baroudeur qui sut en faire bon usage. Son commando d'une sizaine d'hommes effectua de nombreux sabotages sur les voies ferrées. Le 16 mai 1944, il échappe aux miliciens venus l'arrêter chez lui en leur tirant dessus avec un fusil-mitrailleur mais il est contraint d'abandonner sa maison et de se cacher avec toute sa famille, très active dans la Résistance elle aussi. Le 6 juin 1944, il devient lieutenant FFI, chef d'un corps franc. Il poursuit ses activités de guérilla. Le 5 août, il participe avec la compagnie « Bozambo » aux combats de Hauterives où un convoi allemand est attaqué sur la N 538, quelques véhicules sont détruits. Il trouve la mort le 14 août 1944 lors d'une embuscade que son groupe tendait contre un convoi allemand près de la cote 188 dominant la N 7 à Serves, il reçoit une balle en voulant observer les résultats de l'attaque. Il fut l'un des chefs de corps-francs les plus actifs et efficaces en Drôme-Nord.

L'action de Marius Mabboux illustre parfaitement le rôle de la Résistance le long de la vallée du Rhône, de tout temps axe de communications stratégique. Profitant de l'étroitesse du défilé, de pentes boisées dominant voies ferrées et routes nationales 7 et 86 sur la rive ardéchoise, les Résistants ont saboté à maintes reprises les rails et attaqué les convois routiers allemands notamment au moment de la retraite de la Wehrmacht en août 1944. Une longue série d'actions met en valeur le rôle des Résistants et du corps franc Mabboux.

Le 29 août 1943, dans la soirée, une explosion sur la voie ferrée Lyon-Marseille interrompt le trafic pendant 7 heures. Le 3 janvier 1944, à 22 heures 55, une coupure des voies, sous le tunnel de Serves, bloque le trafic pendant 5 heures 30. Le 14 janvier 1944, entre Saint-Vallier et Serves, au km 587, la voie est coupée par une explosion entraînant une interruption du trafic durant 10 heures. Le 19 janvier1944, l'explosion d'un engin suspend le trafic. Le. 31 janvier 1944, un sabotage sous le tunnel à 22 heures 55, stoppe le trafic durant 5 heures. Les gardes-voies ont été arrêtés et ligotés par des « individus armés ». Pour éviter des représailles, la Résistance neutralisait les gardes-voies qui étaient réquisitionnés par l'occupant. Le 7 juin 1944, entre Saint-Vallier et Serves, au km 587. sur les voies ferrées 1 et 2, des explosions à 1 heure 54 endommagent 11 longueurs de rail entraînant une suspension du trafic durant 14 heures 30. Le 8 juin, un nouveau sabotage sous le tunnel coupe la circulation ferroviaire pendant plus de 12 heures. Le 12 juin, entre Saint-Vallier et Serves, au km 587, le trafic est interrompu durant 9 heures. Le 3 juillet, l'arrêt de la circulation ferroviaire entre Saint-Vallier et Serves pendant 2 heures 30 est le fait des autorités allemandes à la suite d'une fusillade entre Résistants et Allemands aux abords du tunnel. Le premier août, ce sont 7 coupures par explosions qui interrompent le trafic durant 7 h. Le 2 août, entre Tain et Serves, au km 595, des coupures par explosions des voies ferrées 1 et 2 interdisent le trafic durant plus de 7 heures. Le 5 août les voies sont coupées pendant 6 heures, le 8 durant le même temps. Le 14 août, Marius Mabboux est mortellement blessé lors d'une embuscade. Le 20, alors que débute la « bataille de Montélimar » au sud et que l'armée allemande bat en retraite et remonte la vallée du Rhône, la Résistance s'oppose à la réfection des voies. À 13 heures 15, un train arrêté en gare de Serves est attaqué par des avions mitrailleurs. Il contient des pétainistes qui fuient avec leurs familles pour se réfugier en Allemagne et des militaires allemands en permission. Cette attaque fait quatre morts. Le 23, 40 hommes de la compagnie « Mabboux » embusquent deux véhicules allemands et les détruisent. Le 26, dans le château de Serves, trois Allemands commandent une trentaine de « Mongols ». Ces militaires gênent les maquisards dans leurs actions sur la route nationale. Le lieutenant Nicolaï Wasinen propose au commandant Vuchot d'amener les « Mongols » à déserter. À 23 h, il contacte les sentinelles qui acceptent. Dans la nuit du 27 au 28, les « Mongols » du château de Serves tuent deux de leurs sous-officiers allemands, le troisième réussit à s'enfuir. Les « Mongols » rejoignent le maquis à 8 h. Dix autres qui sont à Erôme les rejoignent à 11 h : ils sont au total quarante. Le 30 août, au début de matinée, trois trains sortent du tunnel de Serves avec Croix Rouge bien en évidence. Leurs locomotives sont blindées. Victor Steinbach, qui a succédé à Marius Mabboux fait tirer une rafale. Un millier de civils sortent des wagons. Ce sont des fonctionnaires allemands rapatriés des bords de la Méditerranée, avec une majorité de cheminots. Soutenus par des mortiers, ils rétablissent cinq coupures faites la nuit précédente. Les trois trains réussissent à poursuivre leur voyage et à s'échapper à moins de 5 km/h.

Le 1er septembre la Drôme est libérée, les actions contre les voies ferrées cessent.

Les multiples coupures de voies ferrées ont entraîné des retards importants dans l'acheminement des soldats et du matériel militaire. Elles constituent une des actions les plus efficaces de la Résistance. Marius Mabboux a pris une large place dans ces sabotages et attaques de convoi. Le 14 août 1944, alors qu'il observait le résultat de l'un d'entre eux, il est mortellement blessé. La stèle rappelle son sacrifice. Pour le commandant Vuchot, Marius Mabboux « se montre particulièrement brave et audacieux, un génie du coup de main et de l'embuscade mais en même temps un diable d'homme qui n'hésite pas à pratiquer des réquisitions en imitant la signature de Vuchot » ! À quelques kilomètres au sud, sur le flanc de la colline de Gervans, dans des conditions similaires, le 26 août deux jeunes Larnageois sont tués alors qu'ils attaquaient un convoi routier allemand. Le défilé de Laveyron-Saint-Vallier à Tain était un secteur redouté par la Wehrmacht qui recommandait de le franchir en convoi et le signalait par des panneaux « Terroristengruppe ».


Auteur : Alain Coustaury