Consignes à la population du commissaire de la République et du CDL

Légende :

Consignes à la population du commissaire de la République et du CDL pour le rétablissement de l'ordre public

Genre : Image

Type : Article de presse

Source : © Archives privées Jacques Peyre Droits réservés

Détails techniques :

 Article extrait du journal La République

Date document : Août 1944

Lieu : France - Occitanie (Midi-Pyrénées) - Haute-Garonne

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Contexte historique

Le rétablissement de l'ordre à Toulouse après la Libération

Très vite, les nouvelles autorités issues de la Résistance se préoccupent de lutter contre les désordres de la période de l'après-Libération. Pierre Bertaux a raconté comment il avait fait appel au "colonel Georges" (Robert Noireau) pour rétablir l'ordre. Lors d'une réunion avec les chefs FFI, " j'avisai (l'un d'entre eux) dont la physionomie me plut : elle annonçait un homme de caractère et il me parut loyal. Je l'entraînai à l'écart, lui demandai qui il était : commandant Georges, commandant les FTP du Lot. Communiste, bien sûr. Je le connaissais de réputation : un excellent organisateur, courageux, entraîneur d'hommes, qui avait imposé à ses maquis une rude discipline (...). Pouvait-il, voulait-il, lui, sous mon autorité, et donc celle du gouvernement provisoire, assumer avec ses hommes la tâche de maintenir l'ordre à Toulouse ? Il hésita quelques secondes, et dit oui. " C'est une explication un peu simpliste. Surtout quand on sait que le même Pierre Bertaux avoue soupçonner les communistes " d'avoir un plan, de savoir où ils allaient (...), peut-être de me remplacer, puisque je ne cadrais pas avec leur plan, s'ils en avaient un ".

En fait le commissaire de la République, alors isolé, cherche à louvoyer et à trouver des appuis. Il mise sur les divisions entre résistants. Son choix du "colonel Georges" se révèlera positif. Il est accepté et ratifié par Serge Ravanel, le chef régional FFI, qui annonce, au soir du 24 août 1944, la dissolution des GMR et la nomination de "Georges" comme " chef de la Sécurité Intérieure de la Ville de Toulouse ". Un communiqué de Jean-Pierre Vernant (" Berthier "), le chef départemental, précise que " dorénavant, seules les unités FFI du Lot (...) auront mission de patrouiller après 20 h 30. Seules, elles pourront procéder aux opérations de nettoyage (...). Toute infraction à ces ordres sera sévèrement punie ".

Après avoir installé son PC à l'hôtel de Paris, près de la place du Capitole, " Georges " divise la ville en cinq secteurs, contrôlés par " des unités à qui des ordres très rigoureux sont donnés. Le couvre-feu est instauré de 20 h 30 à 6 heures du matin. Le feu sera ouvert sur toute personne qui ne répondra pas aux sommations ". Non sans mal, la plupart des hôtels réquisitionnés sont rendus aux voyageurs. Les lieux d'installation des multiples groupes armés sont également contrôlés. "Georges" a décrit lui-même les méthodes employées : " il faut les " investir ". Le meilleur moment me semble être la soirée. Accompagné de deux sections d'hommes - une soixantaine de gars qui se tiennent en évidence à proximité - je me fais ouvrir. J'explique qui je suis et, par la diplomatie ou la menace, la force parfois, je fais comprendre que désormais les choses doivent rentrer dans l'ordre ".

D'autres mesures sont prises en parallèle. Elles sont destinées à réduire les sources possibles de désordre. La police est réorganisée. Deux policiers résistants de métier sont placés à sa tête, l'ancien chef de division Poggioli, assisté de Sirinelli. Pour calmer les esprits et dissiper les deux inquiétudes majeures, " le fanatisme " et le " déchaînement " des passions, le commissaire de la République cherche à contrôler l'épuration. Il crée un tribunal militaire spécial qui prononce, le 5 septembre, quatre condamnations à mort, immédiatement exécutées. Une cour martiale lui succède : en trois séances (9, 11 et 15 septembre) elle prononce huit condamnations à mort, également exécutées. De quoi rassurer les partisans d'une justice rapide et sévère. Le développement des comités de libération d'entreprises (CLE) est en même temps freiné. Le trop grand nombre de FFI, qu'on a du mal à nourrir, à équiper et à entretenir, est réduit par l'envoi d'unités combattantes sur le front de l'Est (colonne Schneider) et à la Pointe de Grave, là où les combats se poursuivent. Enfin, sans abandonner leur phraséologie révolutionnaire et tout en restant des organes de pression, les partis et les mouvements résistants font eux-mêmes preuve de plus de réalisme et de responsabilité. Y compris le parti communiste qui adopte une attitude complexe, faite d'un mélange d'ordre et de tension. Le 14 septembre 1944, dans un éditorial du journal du MLN, La République, André Hauriou défend une position qui est assez répandue : " Nous ferons la Révolution par la loi (...). C'est la loi qui assure la garantie des institutions démocratiques (...) et assure la souveraineté du peuple. "

A la mi-septembre 1944 le calme est à peu près rétabli. Lorsqu'il vient à Toulouse le 16 septembre, le général de Gaulle, mal informé, n'en tient pas compte. Il annonce la nomination d'un militaire de métier, le général Collet, à la tête de la 17e région militaire toulousaine avec pour mission de rétablir l'ordre. Mais quand celui-ci s'installe, le 26 octobre, la situation est déjà en grande partie redressée. Certes, il existe encore un climat agité et passionné, à Toulouse comme dans le reste du département. Il peut y avoir des scènes de désordre, sous forme de faits divers et d'actes isolés de violence. Mais la voie est bien ouverte pour le développement d'un nouvel ordre public, un ordre républicain respectueux des grandes libertés et, en cela, très différent de l'ordre autoritaire du régime de Vichy.


Michel Goubet, "Le rétablissement de l'ordre à Toulouse après la Libération", in CD-ROM La Résistance en Haute-Garonne, AERI, 2009.