Le service d'hygiène et de santé dans les camps du Vercors

Légende :

Le bain, directement à la fontaine du lieu-dit "la Baraque des Feuilles", printemps 1943

Genre : Image

Type : Photographie

Source : © Collection Albert Ravix Droits réservés

Détails techniques :

Photographie analogique en noir et blanc (voir également l'album lié).

Date document : Printemps 1943

Lieu : France - Auvergne-Rhône-Alpes (Rhône-Alpes) - Isère - Méaudre

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Analyse média

De décembre 1942 au 31 mai 1944

Les camps étaient organisés pour garantir le meilleur état de santé possible aux maquisards, souvent avec le concours du médecin civil le plus proche, ou encore d’un médecin réfugié dans le Vercors. La « bobologie » était une réalité au camp. Au C3, le chef adjoint, Boby ou Bobby, faisait office d’infirmier. Pour les cas plus graves, on faisait appel à un médecin de confiance.

L’hiver, la toilette devenait une véritable épreuve, entre le manque d’eau, l’éloignement de la source, et l’eau du réservoir souvent gelée. Au camp C3, un maquisard récalcitrant aux mesures élémentaires d’hygiène fut jeté nu dans la neige par le chef, Robert, et son adjoint, Boby, avant d’être rapidement muté vers un autre camp.

L’humidité et la promiscuité dans les cantonnements firent réapparaître les maladies parasitaires que connurent les « Poilus » de la Grande Guerre. La gale se développa dans les camps où l’on utilisait de la paille pour le couchage. Certains camps connurent de véritables épidémies. Le traitement de la gale était difficile eu égard aux conditions de vie et le risque de contagion important. Souvent, le malade recevait la permission de se rendre dans sa famille, afin d’y recevoir les soins d’un médecin. Les poux firent, eux-aussi, leur apparition et donnèrent lieu à des séances collectives d’épouillage en plein air.


Auteur : Alain Raffin

Sources :

Marc Serratrice, Avoir 20 ans au maquis du Vercors, Avon-les-Roches, Editions Anovi, mai 2014.

Gilles Vergnon, Le Vercors, Histoire et mémoire d’un maquis, Ivry-sur-Seine, Ed. de l’Atelier, collection Patrimoine, 2002.

Archives de l’ANPCVV - Grenoble.

Contexte historique

Hygiène et Santé - Le service de santé dans les camps du Vercors - De janvier 1943 au 31 mai 1944

Au camp C3, au cœur de l’hiver 1943-1944, un malade atteint d’une congestion pulmonaire dut être transporté à Autrans chez le docteur Chauve. Pour le transporter, on utilisa un traîneau de type Pourchier dont la conduite nécessitait quatre bons skieurs. Le malade passa sa convalescence chez la sage-femme d’Autrans. Le traîneau fut utilisé une autre fois, au cours de cet hiver-là, pour transporter la victime d’une grosse entorse conséquente à une chute de ski.  Après le premier parachutage sur le Vercors - dit « Darbounouze » - de novembre 1943, le maquis reçut des pansements individuels destinés aux combattants et des musettes de premiers soins aux infirmiers. Le contenu de ces musettes était, entre autres, composé de sulfamides utilisables comme désinfectant antiseptique ainsi que de  la pénicilline, encore inconnue en France à cette époque, qui venait tout juste d’être expérimentée sur des blessés anglais en juin 1943. Dans chaque camp, un infirmier fut alors désigné en fonction de ses prédispositions à effectuer des soins médicaux. Les blessés légers, suite aux différents « coups de mains » pouvaient être traités sur place ; en revanche, pour les blessés graves nécessitant des soins médicaux lourds, il fallait s’engager dans un voyage risqué vers les hôpitaux ou cliniques du pourtour du massif du Vercors (Romans, Valence, Saint-Vallier ou Grenoble). D’après le témoignage de Marc Serratrice, dit « Crainquebille », devenu infirmier au C3, de la pénicilline fut remise au docteur Chauve d’Autrans, pour parer à ses soins urbains.

Le camp C3, replié depuis le mois de mars sur le Plateau de Chambaran, près du village de La Forteresse, suite à l’alerte générale sur le Vercors, fut surpris, dans la matinée du 1er mai 1944, par la milice venue de Voiron. Au cours de l’engagement qui s’ensuivit, Paul Comtet fut légèrement blessé au pied. Marchant difficilement, il fut traîné par ses camarades et confié de nuit aux bons soins de madame Decoux, qui tenait la laiterie-infirmerie de La Forteresse, et qui lui prodigua un abri et des soins, une fois que tous les hommes du groupe en sécurité. Cette infirmerie-laiterie avait déjà « hospitalisé » le chef, Boby, victime d’un accident stupide ; il s’était tiré une balle dans la main en manœuvrant une arme afin de s’assurer de son bon fonctionnement. Il fut soigné par un médecin de confiance connu de madame Decoux.  

Dans les tous premiers jours de juin 1944, Peugeot, maquisard du C3, tout juste âgé de 20 ans, fut pris d’une forte fièvre. Le docteur Chauve, soupçonnant une leucémie, le fit admettre à l’hôpital de la Résistance de Saint-Martin-en-Vercors, qui venait d’être installé le 8 juin 1944. Il décédera des suites de sa maladie dans les premiers jours de juillet. L’hôpital, situé dans une ancienne colonie de vacances, fut monté de toutes pièces par le docteur Fischer, avec du matériel chirurgical de récupération et provenant de parachutages, y compris la table d’opération. Le docteur Ganimède participa lui aussi à son équipement. Ce service médical était parfaitement organisé, le médecin-commandant Rigal, puis le médecin-commandant Bernard en prirent successivement la direction. Le personnel médical, très dévoué, composé en majorité d’infirmières, soignait malades et blessés. Après l’attaque allemande du 21 juillet, l’hôpital de Saint-Martin-en-Vercors fut déplacé le 24 juillet à la Grotte de La Luire.

 

Le service de santé après le 8 juin 1944, date de la mobilisation 

Le professeur Etienne Bernard exerça, avec le grade de commandant, les fonctions de médecin-inspecteur auprès de l’état-major de F. Huet (« Hervieux »).
Après le 8 juin, à la mobilisation, le service de santé est ainsi organisé :
- un hôpital chirurgical est installé à Saint-Martin-en-Vercors, le médecin-chef en est le docteur Fernand Ganimède, son adjoint, le médecin-capitaine Fischer (« Ferrier ») ; l’équipe comprend un pharmacien et un aide pharmacien, huit infirmières, un gestionnaire ainsi que le personnel des services généraux ; 
- un hôpital médical aménagé dans un village voisin, à Tourtres, avec un médecin-lieutenant et un médecin-auxiliaire.

Chaque bataillon ou régiment est pourvu d’une équipe de deux médecins en charge de l’organisation de sept postes de secours avancés. Marcel Ulmann remplit la fonction de médecin divisionnaire en charge du fonctionnement et du ravitaillement en matériel de ces postes de secours.

Une équipe volante se tient à Saint-Martin-en-Vercors, prête à intervenir en urgence aux points réclamant un renfort. Au Comité de Libération du Vercors siège le docteur Allix de Grenoble. Il a la charge de toutes les questions médico-sociales et d’hygiène publique. Le matériel chirurgical vient des hôpitaux de Grenoble, du Comité national de la Résistance ou des parachutages. Une école d’infirmiers et de brancardiers est ouverte pour la formation technique de ces personnels.


Auteurs : Alain Raffin et Guy Giraud

Sources : 

Yves Pérotin, La vie inimitable dans les maquis du Trièves et du Vercors en 1943 et 1944, Grenoble, Editions PUG,  juin 2014.

Marc Serratrice, Avoir 20 ans au maquis du Vercors, Grenoble, Editions ANOVI, mai 2014.

Gilles Vergnon, Le Vercors, Histoire et mémoire d’un maquis, Ivry-sur-Seine, Ed. de l’Atelier, collection Patrimoine, 2002.

Témoignages de Marc Serratrice, infirmier au C3, recueilli par Alain Raffin.

Archives de l’ANPCVV - Grenoble.

Exposition « La Résistance en Drôme-Vercors  » sur le Musée de la Résistance en ligne.