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Plaque en souvenir du 1er groupe FTP du XIe arrondissement

Légende :

Plaque en souvenir du 1er groupe FTP constitué dans le XIe arrondissement de Paris, située 4, rue Henri-Ranvier

Genre : Image

Type : Plaque

Source : © Département AERI de la Fondation de la Résistance Droits réservés

Détails techniques :

Photographies numériques en couleur.

Date document : 2014

Lieu : France - Ile-de-France - Paris - Paris

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Analyse média

 

 


Contexte historique

Du 4 au 6 mars 1942, s'est tenu dans la galerie des fêtes du Palais-Bourbon l'un des trois grands procès de l'Occupation - avec celui de la Maison de la Chimie, en avril 1942 et celui de février 1944, dit "procès de l'Affiche Rouge" -, mis en scène par les occupants.

Sept jeunes communistes membres des "Bataillons de la jeunesse" sont accusés d'avoir multiplié les attentats dans Paris et sa banlieue, depuis l'invasion de l'URSS par les Allemands, le 21 juin 1941. Par ailleurs, les occupants reprochent à la "bande à Brustlein" d'avoir assassiné le Feldkommandant Hotz à Nantes, le 20 octobre 1941, alors qu'aucun des sept accusés n'y étaient. Leur chef Gilbert Brustlein, l'auteur de l'attentat de Nantes avec l'aide de Guido Spartaco et Marcel Bourdarias, est en fuite au moment du procès. Il a traversé clandestinement la ligne de démarcation peu de temps après l'attentat.
Les sept accusés sont des étudiants et des ouvriers : Tony Bloncourt (20 ans, étudiant), Roger Hanlet (19 ans, mécanicien), Pierre Milan (17 ans, télégraphiste), Robert Peltier (20 ans, modeleur sur métaux), Christian Rizo (19 ans, étudiant), Asher Semahya (27 ans, ouvrier mécanicien) et Fernand Zalkinow (19 ans, ouvrier fourreur).
Ils sont défendus par des avocats commis d'office qui parlent l'allemand.

Déjà, depuis l'attentat contre l'aspirant de marine Moser à la station de métro Barbès, le 21 août 1941, les Allemands ne peuvent plus se targuer de vivre en toute sécurité en France occupée. Il leur faut donc changer de politique d'occupation. Pour ce faire, deux méthodes sont utilisées. La première consiste en la promulgation d'une série d'ordonnances par Otto von Stülpnagel, les 23 août et 19 septembre 1941, rassemblées dans celle du 30 septembre, appelée le "Code des otages". Celui-ci conduit à fusiller plusieurs dizaines de Français innocents à chaque fois que la vie d'un soldat ou d'un officier allemand est menacée ou ôtée. La deuxième méthode est également spectaculaire puisque les Allemands décident de monter des grands procès qui doivent être connus de tous les Français et des résistants par voie de presse. Or, habituellement, les Allemands ne faisaient aucune publicité des jugements rendus par leurs cours martiales ou leurs tribunaux militaires (dont le Tribunal B du Grand Paris) contre les ennemis du Reich. Seul un "Avis" - Bekanntmachung - était placardé sur les murs de Paris avec les noms de ceux qui avaient été fusillés la veille, "otages" ou "terroristes".

Après l'attentat de Nantes, les Allemands peuvent compter sur l'aide des redoutables brigades spéciales de la préfecture de police de Paris, très anticommunistes, qui parviennent à remonter jusqu'aux noms de plusieurs jeunes militants communistes soupçonnés d'avoir commis des attentats et des sabotages. Gilbert Brustlein est ipso facto identifié comme le tueur de Nantes. Sur dénonciation d'un jeune militant, sans doute sous la torture, les policiers français arrêtent les sept accusés du Palais-Bourbon, entre novembre 1941 et janvier 1942. Ensuite, ils sont remis à la GFP, Hôtel Capy, place de la Madeleine, où Moritz, le chef du Sonderkommando für kapitalverbrechen und sabotage ("Brigade spéciale pour les crimes capitaux et les sabotages"), les interroge. Pendant toute la durée du procès, les Parisiens peuvent lire le compte-rendu du procès dans les colonnes de la presse collaborationniste.
Le mercredi 4 mars, premier jour du procès, est consacré à la biographie des inculpés ; le lendemain, l'énumération des faites reprochés est lue devant un public important de journalistes et de membres des familles des accusés ; les plaidoiries, le réquisitoire et le verdict émaillent le troisième jour. La sentence de mort qui est ensuite prononcée est déjà entendue avant même l'ouverture du procès. Les Allemands ont surtout insisté sur la mise en scène du procès.
Le 7 mars, le Pariser Zeitung rend compte du verdict : "Au nom du peuple allemand, les sept accusés [...] sont condamnés à la peine de mort. Le tribunal ordonne en outre la confiscation des biens." Le 9 mars au matin, au Mont-Valérien, les Allemands fusillent les sept jeunes communistes qui ont rédigé des lettres poignantes à leur famille. Les Allemands espèrent ainsi, tant avec l'application du "Code des otages" qu'avec des procès spectaculaires, que l'opinion sera très hostile à la résistance armée.


Auteur : Eric Alary, in DVD-ROM La Résistance en Ile-de-France, AERI, 2004.

Sources : Archives nationales, AJ40 868 à 897 ; Z6 ; F7. Archives de la préfecture de police, séries BS, B/A et E (extraits des cartons sur les brigades spéciales). Archives de l'Assemblée nationale. Archives militaires allemandes de Freiburg, RW 35/ 308 pour le "code des otages". Gilbert Brustlein, Le Chant d'amour, Paris, édité à compte d'auteur, 1989. Albert Ouzoulias, Les Bataillons de la jeunesse, Paris, Editions sociales, 1967. Éric Alary, Un procès sous l'Occupation. Mars 1942, Paris, éditions de l'Assemblée nationale, 2000. Regina M. Delacor, Attentate und Repressionen, Stuttgart, Jan Thorbecke Verlag, 2000. Ahlrich Meyer, L'occupation allemande en France, Toulouse, Privat, 2002.