Albert Chabanon

Légende :

Albert Chabanon, Valmy, Jean Vengeur, responsable de l'organisation universitaire (OU) des MUR, sans date

Genre : Image

Type : Photographie

Source : © ANACR de Marseille Droits réservés

Détails techniques :

Photographie analogique en noir et blanc. Voir également l'onglet "Album" lié.

Date document : Sans date

Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Var - Signes

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Contexte historique

Albert Eugène Chabanon naquit le 13 mai 1916 à Marseille, dans une famille d’instituteurs. Son père enseignait à la Belle-de-Mai et sa mère était directrice d’école à Montolivet, quartier du 12e arrondissement de Marseille, où la famille habitait et où il fut scolarisé. Après de brillantes études secondaires au lycée Saint-Charles, il prépara, au lycée Thiers, toujours à Marseille, le concours d’entrée à l’École normale supérieure (ENS) puis, en 1935-1936, à Paris, au lycée Louis-le-Grand. Il ne coupa pas pour autant les ponts avec sa ville natale : partisan du Front populaire, il donna quelques articles à Marseille-socialiste. Soucieux d’indépendance politique, à la différence de son frère aîné adhérent au Parti communiste, il créa dans la cité phocéenne, avec l’aide du journal Massalia, un club de libres discussions intitulé « Jeunesse nouvelle ». Reçu à l’ENS de la rue-d’Ulm en juillet 1938 et inscrit en Sorbonne, il obtint une licence de lettres classiques en juin 1939. Parfaitement germanophone, il voyagea en Allemagne où il prit conscience du danger nazi.

En 1939, il fut mobilisé dans l’infanterie, mais fut réformé en avril 1940 pour inaptitude physique. De retour à l’ENS, il soutint un diplôme d’études supérieures sur Le vers de Péguy et prépara l’agrégation de grammaire.

Il fut arrêté au sein de l’ENS le 9 décembre 1941. Une « Note » le concernant, issue du fonds du cabinet du préfet des Bouches-du-Rhône, ni signée, ni datée, mais rédigée lors de son incarcération à la prison de la Santé, où il fut conduit après son interpellation, indique qu’on lui reproche des propos tenus à Marseille pendant les vacances et qui le font accuser de « menées communistes ». Par ailleurs, une perquisition a permis de découvrir chez lui un document compromettant : un plan de réorganisation de l’État, contenu dans un dossier intitulé « Rubicon ». Le reste de ce texte est à décharge : à partir d’éléments recueillis de toute évidence dans son entourage scolaire, il met en doute une quelconque appartenance au Parti communiste, estime Albert Chabanon proche du Parti radical-socialiste, et même, très religieux. On retrouve des arguments identiques dans une lettre adressée, le 26 janvier 1942, par le directeur de l’enseignement primaire à Max Bonnafoux, alors préfet régional à Marseille, en jouant sur sa sensibilité d’ancien normalien. Il est difficile de dire dans quelle mesure ces interventions ont pu contribuer à la libération d’Albert Chabanon. Selon Antoine Olivesi, il aurait, peut-être, été jugé à Montpellier.

Quoiqu’il en soit, après sa détention à la Santé et au fort Saint-Nicolas à Marseille, il fut emprisonné à Montpellier et à Villefranche-de-Rouergue. Libéré au bout d’un an, il fut accueilli, en février 1943, à l’Étape, l’œuvre de réinsertion installée dans le nord du département, fondée par le RP Aune, dominicain et aumônier des prisons de Marseille. Il entra en contact avec le frère du RP, André Aune, membre de Combat et adhéra aux Mouvements unis de Résistance (MUR).

D’abord affecté au Noyautage des administrations publiques (NAP), Albert Chabanon eut ensuite, sous des pseudonymes divers (Valmy, Jean Vengeur), la responsabilité de l’organisation universitaire (OU) des MUR qui regroupait enseignants, étudiants et lycéens. Il eut en charge, de la fin 1943 jusqu’à son arrestation, l’édition du journal clandestin des MUR (devenus Mouvement de Libération nationale, MLN), Le Marseillais. Il y écrivit plusieurs articles.

Trahi par un membre de l’OU, Albert Chabanon fut arrêté par les services allemands du SIPO-SD (la Gestapo), le 17 juin 1944, rue-Armény, lors d’un rendez-vous dans le centre de Marseille. Il fut détenu et interrogé au siège du SIPO-SD, 425 rue-Paradis, puis conduit aux Baumettes. On sait qu’il a été torturé à l’électricité : il fait état, en effet, dans une lettre codée datée du 24 juin, adressée à son « oncle », des « applications électriques » dispensées pour la 3e fois par son « médecin traitant ». Il a pu faire parvenir ce courrier, depuis sa prison, par l’intermédiaire d’un détenu de droit commun. Il y met en garde les membres de l’OU contre le traître qui l’a dénoncé : « Je soupçonne Day et son milieu, écrit-il, d’être porteurs de germes très dangereux. C’est là que j’ai contracté ma maladie ». Il leur demande de faire disparaître les documents compromettants et les archives conservés rue-Puget et de se mettre à l’abri : « Que tous ces amis partent pour la campagne ».

Albert Chabanon fut fusillé à Signes le 18 juillet et enterré, de manière sommaire, avec 28 autres victimes dans la « première fosse ». Sa dépouille fut transportée le 17 septembre à la morgue du cimetière Saint-Pierre à Marseille. Mais, lors de l’identification, son corps, méconnaissable, fut confondu avec celui de Maurice Favier. L’erreur ne fut rectifiée qu’en juillet 1945. Albert Chabanon fut inhumé au cimetière Saint-Pierre, après les obsèques nationales qui y furent célébrées pour l’ensemble des martyrs de Signes, le 21 septembre 1944.

Le conseil municipal de Marseille décida, dans sa séance du 19 juillet 1945, de donner le nom d’Albert Chabanon à la rue Pierre-Puget dans le 6e arrondissement de Marseille. Le nom d’Albert Chabanon figure aussi sur le monument aux morts de Sénas (Bouches-du-Rhône) et, à Paris, sur la plaque des écrivains Morts pour la France au Panthéon. Il fut décoré de la Légion d’honneur à titre posthume et reconnu Mort pour la France.

[VOIR L'ALBUM]


Auteur : Robert Mencherini

Sources : Actes de naissance et de décès ; DAVCC Caen, dossier de mort pour la France, Albert Chabanon ; DAVCC Caen, 27 P 244, « Bouches-du-Rhône, charnier de Signes, Procès-verbaux d’enquête, exhumations » ; archives départementales des Bouches-du-Rhône, 76 W 159 et 160 ; archives de la ville de Marseille, extrait des registres de délibérations du conseil municipal, séance du 19 juillet 1945 (dossier 44U) ; Vérité, organe du mouvement de libération nationale, 1944-1945, en particulier, les numéros 1 et 42 ; presse quotidienne régionale, septembre 1944 ; Pierre Échinard, Sylvie Orsoni, Marc Dragoni, Le lycée Thiers. 200 ans d’histoire, La Calade, Édisud, 2004, p. 115 et sq. ; Adrien Blès, Dictionnaire historique des rues de Marseille, Marseille, Éd. Jeanne Laffitte, rééd. 2001, p. 115 ; Madeleine Baudoin, Témoins de la Résistance en R2, intérêt du témoignage en histoire contemporaine, thèse de doctorat d’État, Université de Provence, 1977 ; Madeleine Baudoin, Histoire des groupes francs (MUR) des Bouches-du-Rhône, de septembre 1943 à la Libération, Paris, PUF, 1962 ; Germaine Madon-Semonin, Les années d’ombre, 1940-1944. Les Jeunes dans la Résistance à Marseille, ronéotypé, sd., 19 p. ; Jean Fabre, Les soldats de l’ombre, Marseille, chez l’auteur, 1998, ronéotypé, 76 p. ; Simone et Jean-Paul Chiny, La Résistance et l’occupation nazie à Marseille, Marseille, comité de l’ANACR, 2014, p. 295 ; Antoine Olivesi, notice in Maitron-en-ligne ; Robert Mencherini, Midi rouge, Ombres et lumières. Histoire politique et sociale de Marseille et des Bouches-du-Rhône, 1930 - 1950, tome 3, Résistance et Occupation, 1940-1944, pp. 506-508, tome 4, La Libération et les années tricolores, Paris, Syllepse, 2014, p. 47 et pp. 58-60.