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Décorations remises à titre posthume à Marie-Alphonsine Loretti, 6 février 1944

Légende :

Le 6 février 1944, le général Juin épinglait sur le drapeau qui couvrait le cercueil de Marie-Alphonise Loretti, la première Médaille militaire jamais décernée à une femme.

Genre : Image

Type : Photographie

Source : © SHD - Photothèque du Comité d'Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale Droits réservés

Détails techniques :

Photographie analogique en noir et blanc

Date document : 6 février 1944

Lieu : Italie

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Analyse média

Légende originale : "Enterrement de la conductrice de 2e classe Lorette qui fut mortellement touchée en se portant au secours de nos blessés. Sur l'étamine tricolore recouvrant le cercueil se détachent deux médailles : la médaille militaire et la croix de guerre avec palmes que vient d'épingler le général Juin, commandant le corps expéditionnaire français en Italie."

Il convient de souligner que la croix de guerre épinglée sur l'étamine est du modèle dit "croix de guerre 1943" ou "croix de guerre Giraud" (voir le zoom en verso).


Fabrice Bourrée

Contexte historique

Marie-Alphonsine FIFRE est née le 29 juillet 1915 à Beaucourt (Territoire de Belfort) et décédée le 5 février 1944 à Casale, province de Frosinone (Italie). Elle vivait en Algérie, où elle avait épousé un sous-officier des Tirailleurs de la 3e Division d’Infanterie Alpine.

Marie-Alphonsine LORETTI faisait partie des « Chaufferettes », ces conductrices d’ambulance de la 3e DIA. Les conductrices d’ambulances furent formées en Algérie, le plus souvent au 27e Escadron du Train, à Chéragas, Oran, Marengo ou Constantine, où se succédaient formation militaire minimale, cours de brancardage de jour et de nuit, conduite et entretien des lourds Dodge type WC 54. Les premières filles instruites furent envoyées en Tunisie dont la campagne ne se termina qu’en mai 1943. Arrivées à Naples en décembre 1943, les filles du 3e Bataillon Médical furent engagées dès le 6 janvier 1944 en secteur opérationnel. Comme leurs camarades ambulancières de la 2e Division d’Infanterie Marocaine déjà sur place depuis décembre, puis plus tard celles de la 4e Division Marocaine de Montagne en février 1944, et de la 1e Division de Marche de l’Infanterie en avril, elles connurent l’inconfort et les conditions de vie précaires de la vie en campagne et le danger. Elles furent soumises presque quotidiennement aux feux terriblement meurtriers de l’artillerie ennemie, au plus près des combats dans le terrible hiver des Abruzzes, puis plus tard dans l’offensive de mai, puis dans la phase de poursuite de juin et juillet 1944. Elles remplissaient avec calme et courage leur mission de ramassage des blessés et d’évacuations, par tous les temps, de jour et de nuit en black-out, sur des routes défoncées par les tirs d’artillerie ou des pistes boueuses où il leur fallait souvent mettre les chaînes.

Dans le secteur de la 3e DIA, il y avait la route d’Acquafondata à San Elia, dans la vallée du Rapido au pied des montagnes, dont le redoutable et obsédant Monte-Cassino. Les Allemands, qui ont tenu pendant des mois cette barrière de montagnes baptisée « Ligne Gustav », tiraient souvent sur cette longue descente à découvert, mais qu’il fallait tout de même emprunter. Cette terrible route jalonnée de carcasses de véhicules alliés détruits ou accidentés méritait son surnom de « route de la mort ». Sur le versant opposé du Rapido, après la conquête du Belvedere fin janvier 1944, une piste symétrique fut activée entre Sant’Elia et Terelle.
C’est sur cette route, le 5 février 1944, au cours d’une de ces dangereuses missions, que Marie-Alphonsine LORETTI a trouvé la mort. Avec cinq de ses camarades, elle s’était portée volontaire pour aller chercher de nuit des blessés près du village de Terelle, où un bataillon de tirailleurs avait subi des pertes graves. Sur le chemin du retour, au défilé du Rapido, les véhicules sont brusquement stoppés par une jeep en flammes qui vient de sauter sur une mine. Prises à partie par les tirs d’artillerie adverses, les ambulances sont criblées d’éclats. Les conductrices doivent évacuer les blessés vers une ruine avoisinante. Sous les tirs qui se déchaînent, Marie Alphonsine LORETTI est mortellement blessée par des éclats d’obus (artères fémorales sectionnées). Ses camarades, dont l’une est blessée à une main et à une jambe, ne purent rien pour celle qu’elles appelaient Lorette. Elles continuèrent en direction du bataillon médical qu’elles atteignirent au début de l’après-midi, exténuées et couvertes de boue. Elles avaient mis 16 heures pour faire 40 kilomètres.

Le 6 février 1944, par un triste matin, le général Juin épingla sur le drapeau qui couvrait son cercueil, la première Médaille militaire jamais décernée à une femme. « Lorette », âgée de 28 ans, fut ainsi la première des cinq ambulancières tuées en Italie et fut inhumée dans un de ces nombreux cimetières provisoires qui ont jalonné la route de souffrances et de victoires du Corps Expéditionnaire Français entre Naples et Florence. Marie Alphonsine LORETTI a reposé au cimetière militaire de Venafro, près de Cassino, parmi les 3 400 tombes de ses frères d’armes, dans le plus grand cimetière militaire français d’Italie jusqu’en 1948. Elle repose aujourd’hui au cimetière Bellevue de Belfort depuis le 27 juillet 1948.

Marie-Alphonsine LORETTI est titulaire le Médaille militaire à titre posthume, ainsi que de la Croix de Guerre avec palme et citation : « Prise sous un violent bombardement, a été frappée mortellement alors qu’elle s’efforçait de mettre à l’abri les blessés qu’elle transportait, a donné ainsi un magnifique exemple de courage et d’abnégation ».


http://aufildesmotsetdelhistoire.unblog.fr/2012/02/05/marie-alphonsine-fifre-loretti/

http://chezpeps.free.fr/0/Jarrige/PDF/68-2nde-Guerre-Mondiale-15.pdf