Joachim MURAT



Photo collection Jacques Enogat
Etat-civil

Né(e) le/en 16 janvier 1920 à Neuilly-sur-Seine (75)


Profession en 1940 : Non renseigné
Domicile en 1940 : Non renseigné

Résistance

Lieux d'action : Indre
Organisation de Résistance : Maquis "Carol"

Mort au combat

Date et lieu de décès : 20/07/1944 à Lingé

Commentaires

Joachim, soldat « classe 1940 » dans le département de la Seine, est alors élève pilote aviateur. Pour une raison inconnue, probablement liée à un passage en zone libre, Joachim est hébergé, seul, chez son oncle par alliance Jean Lebaudy (1), au château du Blizon sur la commune de Saint-Michel-en-Brenne. Au fil des mois, son engagement dans la Résistance le verra (sans certitude sourcée) promu sous-lieutenant au sein du bataillon Carol, issu du 17ème B.C.P. Depuis le mois d’octobre 1940, Robert Boutin est employé comme homme à tout faire dans l’une des 28 fermes, réparties sur plus de 3000 hectares de bois et de landes, appartenant à la famille Lebaudy. Rentrant d’une virée galante avec ses copains dans le bourg de Saint-Michel-en-Brenne, un soir de début mars 1944, le jeune homme aperçoit un rai de lumière sous une porte. Pensant que quelqu’un avait oublié d’éteindre l’électricité, il ouvre grand la porte et, ô surprise, voit attablées 8/9 personnes en grande conversation. Des dirigeants de la Résistance indrienne parmi lesquels Paul Mirguet (alias « Surcouf ») de l’Armée Secrète, Jean Costa de Beauregard (alias « Carol ») responsable du maquis éponyme … et d’autres personnalités entouraient Joachim Murat et Jean Lebaudy. Ce dernier tança et menaça Robert de sanction s’il révélait à quiconque ce qu’il venait de voir. Message si bien reçu qu’il décida, ce soir-là, d’entrer dans les réseaux clandestins en dépit de ses 17 ans. Un certain Lecomte (alias « Rivière »), camouflé sur l’exploitation agricole, lui enseigne discrètement et en accéléré les techniques de combattant de l’ombre, sans arme. Quelques semaines plus tard, assuré de sa fidélité et de son engagement sans faille, le prince prend Robert comme agent de liaison personnel avant que ce dernier ne rejoigne la compagnie André, dans les bois de Douadic. 6 juin 1944 : la nouvelle du Débarquement en Normandie se répand comme une trainée de poudre dans toute la France, annonçant la fin de cette sordide guerre qui dure depuis cinq longues années. Joachim en informe son dévoué agent de liaison qu’il charge aussitôt de demander à tous les résistants cachés dans les domaines alentour de rejoindre au plus vite le maquis pour les ultimes combats. Depuis le mois de novembre 1943, le prince Murat a pris en charge son cousin, Louis Napoléon (2), affilié à l’O.R.A. (Organisation de la Résistance de l’Armée), pour qu’il intègre le bataillon Carol sous le pseudonyme de Lucien Monnier. Il deviendra l’adjoint des capitaines Costa de Beauregard et Reille étant « un sujet intelligent, d’une haute valeur morale ». Promu rapidement sergent, le chef de la famille impériale, sera le seul survivant du camion détruit à Heugnes le 28 août 1944 par un tir de canon ennemi. L’embuscade a décimé cinq personnes. Grièvement blessé à la jambe par un éclat d’obus, Louis passera sa convalescence en Île de France après avoir quitté l’hôpital de Châteauroux le 17 septembre. Le dénouement de la guerre approche mais l’armée allemande, aux abois, est encore très présente en Brenne et défend avec pugnacité ce territoire rural bien connu des locaux et des maquisards protégés par la population. Il est aisé de se cacher dans les bois et les fermes isolées amies. La sévérité des échauffourées s’accroît, faisant de nombreux morts dans les deux camps. La propriété du Blizon, mis à disposition du bataillon Carol, permet de cacher des armes, des munitions parachutées. Les chefs des différents mouvements de Résistance s’y réunissent avec le blanc-seing de Jean Lebaudy, maître des lieux. Début juillet, Joachim qui considérait son agent de liaison comme un petit frère – six ans les séparaient – l’avait informé « qu’il lui expliquerait très bientôt tout », sur sa présence en Brenne, probablement sur sa véritable identité demeurée incognito, en dehors de la famille Lebaudy ; sur Louis, l’autre cousin, … C’est dans ce contexte que le 20 juillet 1944 Yvon Rocher voit surgir au milieu de la matinée, sur la place du Marché à Mézières-en-Brenne, un convoi de quinze camions ennemis. Des hommes en descendent et font rapidement irruption dans les maisons environnantes. Intrigué par ce déploiement inhabituel, Yvon enfourche son vélo et roule à toute allure vers le restaurant de la Gabrière, sur la commune de Lingé. Depuis quelques semaines, une vingtaine de maquisards de Carol ont pris l’habitude de déjeuner chez Georgette et Arthur Retault qui se surpassent pour leur offrir des repas copieux en dépit de restrictions. A la campagne, on arrive toujours à se débrouiller ! Le dénouement de la guerre approche mais l’armée allemande, aux abois, est encore très présente en Brenne et défend avec pugnacité ce territoire rural bien connu des locaux et des maquisards protégés par la population. Il est aisé de se cacher dans les bois et les fermes isolées amies. La sévérité des échauffourées s’accroît, faisant de nombreux morts dans les deux camps. La propriété du Blizon, mis à disposition du bataillon Carol, permet de cacher des armes, des munitions parachutées. Les chefs des différents mouvements de Résistance s’y réunissent avec le blanc-seing de Jean Lebaudy, maître des lieux. Curieusement, le groupe de véhicules qui se dirigeait vers Le Blanc n’a pas pris la route habituelle (D43) et surgit sur la départementale 17, droit sur l’auberge. Le groupe de combattants, qui prenait le soleil en attendant d’être servi, se scinde et chacun part se cacher comme il le peut dans les fourrés et les champs environnants. Des parachutes, donnés à la famille de l’aubergiste pour confectionner des vêtements, sont précipitamment cachés. Joachim Murat rejoint sa voiture à bord de laquelle son chauffeur, Olivier Paquin (3), a déjà pris place. Une sacoche, pleine de documents compromettants, est posée sur le siège arrière. Le moteur refuse obstinément de démarrer. Sans sommation, une rafale de mitrailleuse abat le prince. Son chauffeur subira le même sort et sera retrouvé à quelques 150 mètres. Les militaires allemands, après avoir emporté des victuailles et des objets personnels, mirent le feu à la grange de la famille Retault et repartirent comme ils étaient venus, après avoir tiré, çà et là, des salves de mitraillettes dans l’espoir de tuer d’autres maquisards cachés. Heureusement que les postes émetteurs et le matériel de transmission nécessaires pour localiser les parachutages organisés par les Anglais n’ont pas été découverts … Alertée, Mme Lebaudy fait transporter la dépouille de Joachim dans une maison que le couple possède au bord de l’étang de la Gabrière avant de le ramener au Blizon. Un linge recouvre son visage défiguré par des coups de talon. Son corps est criblé de sept balles.


Sources et bibliographie utilisées

Chantal Kroliczak pour l'Association Culturelle Macérienne (A.C.M.) -Vérifications des états-civils : Archives départementales 92, Archives municipales de Paris et de Marseille, commune de Lingé. -Mémoires à contretemps 1945-1972 – Pierre Ordioni – pages 105 à 107 via gallica.bnf.fr/BnF -Organisation de la résistance dans l’Indre, juin 1940-juin 1944 – Michel Jouanneau - Edition à compte d’auteur - pages 162 et 163. -Témoignage oral et écrit de Robert Boutin en date des 9 février et 23 mars 2023. -Au fil du temps … - revue des Amis du Blanc et de sa région – hors-série n° 1, novembre 2009. -Joachim Murat : SHD Vincennes – GR 16P 437818 et SHD Caen – AC 21P 104686. -Louis Napoléon : SHD Vincennes – GR 16P 439889. -Jean Lebaudy : SHD Vincennes – GR 16P 295493. -Olivier Paquin : SHD Vincennes – GR 16P 457238. -Le Monde du 03/01/1970. -La Nouvelle République du 25/07/2017. -Journal le Drapeau du 05/05/1946. Source gallica.bnf.fr/BnF. -Journal l’Auto du 12/05/1936. Source gallica.bnf.fr.BnF (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k46295254/f1.item.zoom) -Propos du major Parkinson : Archives nationales - cote 72AJ 1941. Remerciements à Avril Growcott pour la traduction anglaise. -Patrick Grosjean pour la transmission des photos appartenant à Jacques Enogat et la pertinence de ses remarques. -Christian Pineau, Président de la S.G.B.B., pour sa relecture attentionnée. -ttps://www.monarchiesetdynastiesdumonde.com -Joachim Murat - 9e prince Murat- petit-fils -Fédération française de golf – Alexandre Mazas. -Concernant la fusillade du 20/07/1944, les sources suivantes, parfois relatées avec beaucoup d’émotions, ont été synthétisées le plus objectivement possible : -Les enfants du brouillard – Jean-Claude Derey – Phébus, de facto – pages 275 à 279. -Au fil du temps … - revue des Amis du Blanc et de sa région – 2019 – pages 17 à 21 – Lingé, une journée pas comme les autres par Irène Bourbonnais. -Tentative d’identification de « Jorge, le Hongrois » : remerciements aux secrétaires des mairies de Charnizay, Châteauroux-Métropole, Lingé, Martizay, Mézières-en-Brenne, Obterre, Preuilly-sur-Claise, Saint-Michel-en-Brenne, Villiers pour leurs recherches ainsi qu’à Julien Chevalier, conservateur de l’Ossuaire Militaire Allemand de Mont-de-Huisnes (50).