Manuel SOUSA ROQUE (DE)



Etat-civil

Né(e) le/en 28/04/1907 à Loulé (Portugal)


Profession en 1940 : Boucher
Domicile en 1940 : Rioupéroux (Isère)

Résistance

Lieux d'action : Isère
Organisation de Résistance : Maquis de l'Oisans.

Commentaires

Né en 1907, Manuel était un garçon de ferme résilient, rejeté par sa patrie appauvrie de Loulé, au Portugal. Il s'enfuit en France en 1924 pour échapper à l'avenir sombre d'un travail de la terre stérile, laissant derrière lui son père, sa mère et sa sœur. Guidé par une ambition discrète, Manuel refusa de suivre les voies toutes tracées et confortables de ses compatriotes immigrés portugais. Il s'installa dans les usines industrielles et enfumées de Lille, y apprit le français par lui-même, puis déménagea dans les Alpes, à Grenoble, en 1926. Là, il suivit une formation de chaudronnier-soudeur et travailla sur les conduites forcées hydroélectriques de l'Isère. Manuel décrocha ensuite un apprentissage de boucher au sein d'une corporation fermée et syndiquée — un fait rare pour un immigré. En 1935, il épousa Juliette, une employée locale des Postes, au moment même où le fascisme de droite, les grèves politiques et les violents troubles antifascistes envahissaient les rues de Grenoble. Manuel et Juliette s'installèrent à Rioupéroux et ouvrirent une boucherie dans la communauté de Livet-et-Gavet, un verrou industriel stratégique. Leur fille, Marie-Josée, naquit à Rioupéroux en 1938, suivie de leur premier fils en 1941. Cependant, leur vie paisible vola en éclats lorsque la Seconde Guerre mondiale exigea leur soutien. Reconnaissant la fiabilité de Manuel et la position unique de sa boucherie, le commandant Lanvin (le capitaine Lespiau) le recruta lors de la formation initiale du Maquis de l'Oisans. Sa première mission fut de contrebander une tonne d'armes militaires destinées aux résistants dans les montagnes. Bloqué par des barrages allemands, Manuel fit un détour et les cachat dans sa boucherie pendant huit jours. Suite à ce succès, sa boutique se transforma, passant d'un foyer familial à un lieu de réunion clandestin de haut niveau pour la Résistance. Lanvin et d'autres agents de la Résistance commencèrent à se réunir secrètement à la maison plusieurs fois par semaine, jusqu'à ce qu'un poste de commandement formel soit établi à Jarrie, en Isère. Pour préserver cette opération dangereuse, son épouse, Juliette, et leurs enfants devinrent la couverture civile absolue — une responsabilité qui s'alourdit encore avec la naissance de leur second fils en 1944. Pendant près de deux ans, Manuel mena une double vie mortelle sous le nom du « Boucher de Rioupéroux ». Il effectuait quotidiennement des missions à haut risque : livrer des renseignements aux résistants, transporter des combattants blessés, cacher des agents de la Résistance dans la cave de la boucherie, passer des fournitures en contrebande et conduire des gendarmes déserteurs vers les camps de haute montagne. Alors que les patrouilles nazies fouillaient activement cette ville-verrou, la présence physique de matériel de résistance et d'agents plaçait la famille de Manuel en péril immédiat. Manuel fit face à une crise psychologique déchirante, réalisant que sa quête de liberté à long terme et d'opportunités avait transformé sa propre maison en cible, et sa femme et ses jeunes enfants en boucliers humains. Il marchait sur le fil du rasoir, où une seule erreur ou un regard suspect d'un soldat nazi signifiait l'exécution immédiate de toute sa famille. Ce danger atteignit son paroxysme lorsque Manuel fut arrêté par la Gestapo dans un café lors d'une tournée postale habituelle. Ils fouillèrent minutieusement sa camionnette et ouvrirent tout le courrier, mais ne parvinrent miraculeusement pas à trouver les documents secrets de renseignement qu'il transportait. À contrecoeur, ils le relâchèrent, lui laissant la vie sauve de justesse. À la fin de la guerre, Manuel reçut un dossier officiel sur ses activités de la part du comité de libération, ainsi qu'un certificat appuyant sa demande d'obtention de la nationalité française en 1945. Désireux de repartir sur des bases saines, il déracina sa famille en 1951 pour traverser le globe et s'installer en Australie afin de commencer une nouvelle vie. Il endura un travail épuisant sur un nouveau projet hydroélectrique avant de s'établir en Tasmanie. Là-bas, il maîtrisa une quatrième langue, l'anglais, et surmonta l'exclusion sociale amère liée à son statut d'immigré.


Sources et bibliographie utilisées

http://www.maquisdeloisans.fr/le-maquis/naissance-du-maquis-de-loisans/ ; informations, biographie et documents transmis par M. Marc Barnes, son petit-fils (juillet 2026).


Album d’images

La boucherie de Rioupéroux
Photo de mariage
Carte d'identité française de 1946