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Jacques Bloch : le soutien aux réfractaires au STO

Légende :

Jacques Bloch évoque le soutien aux réfractaires au STO

Genre : Film

Type : Témoignage filmé

Source : © AERI Droits réservés

Détails techniques :

Durée de l’extrait : 00:02:01

Tournage et montage : Nicolas Voisin

Interview réalisée par Clémence Piet et Manuel Valls-Vicente.

Date document : Février 2009

Lieu : France

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Analyse média

Retranscription :

 

" Moi, je n'ai jamais été vraiment convoqué, mais je l'aurais été si j'étais resté chez moi, etc.
Alors, les STO, c'était une situation assez  intermédiaire parce qu'on a proposé, dès qu'on apprenait qu'un jeune était appelé pour partir en Allemagne, on a toujours essayé de le dissuader. D'abord, on leur faisait une visite quand on était assez tenu au courant. On faisait une visite aux parents, à la famille et puis au gamin lui-même et on essayait de les dissuader. Mais tout le monde n'avait pas le (courage ?...) de refuser quand on recevait une convocation, ça veut dire partir de chez soi et déjà devenir hors-la-loi comme on était, nous. Il y en a un certain nombre qui est parti en Allemagne. Il y a eu quand même un contingent important. Et puis, il y en a qui étaient un peu entre deux, qui auraient bien voulu, mais ils n'osaient pas, etc. Et nous, on préférait, même s'ils ne voulaient pas entrer dans la Résistance active, au moins qu'ils soient cachés quelque part pour ne pas partir en Allemagne. On avait fait un petit réseau chez les paysans de gens qui acceptaient de cacher des réfractaires. Ca s'appelait des réfractaires, en fait. Ceux qui sont partis en Allemagne à un bout, ceux qui sont entrés dans la Résistance à l'autre bout, et au milieu, il y avait les gens qui n'étaient pas chauds. Et nous, comme on préférait de beaucoup qu'ils restent cachés dans les fermes, on a quelques fois risqué notre peau. On les a pris en subsistance. On leur apportait... à ceux qui étaient cachés sans plus, sans activité... on leur apportait de la bouffe, du tabac, ce qu'ils avaient besoin comme échange de linge, etc. On n'avait pas beaucoup d'estime pour eux, en fait, parce qu'on trouvait qu'ils auraient pu faire un peu plus, mais... On considérait que l'intérêt... Comme on dit, l'intérêt supérieur du pays commandait quand même qu'on les aide à se cacher, plutôt que de partir pour travailler dans les usines allemandes. "


Contexte historique

Jacques Bloch est né le 7 juillet 1924, il a donc 15 ans lorsque la guerre éclate. Son père, mobilisé, est fait prisonnier de guerre. Il est libéré durant l'été 1941, avec les autres officiers de réserve anciens combattants de 1914-1918. Mais à son retour, le proviseur du lycée où il enseigne lui annonce qu'il est révoqué, parce qu'il est juif. Deux jours plus tard, c'est la mairie qui convoque le père de Jacques : les Allemands réquisitionnent sa maison. La famille a quelques heures pour quitter les lieux... Ils se réfugient dans leur maison secondaire en Touraine. Ils y habitent jusqu'en février 1942 : la famille est alors prévenue par des villageois que l'ordre a été donné de les arrêter. Ils fuient vers la Creuse, retrouver leur cousin, l'historien Marc Bloch.

Jacques soupçonne son cousin de faire partie de la Résistance et il est certain de pouvoir lui faire confiance : il lui propose donc son aide. Marc Bloch se donne le temps de la reflexion, puis le met en contact avec un camarade qui permettra à Jacques de prendre le maquis dans la région de Bourganeuf (Creuse), le 19 février 1944. Il devient " Jacques Binet ". Jacques et ses camarades apprennent à se servir d'armes. Jusqu'au Débarquement, la plupart des actions sont le sabotage et la réception de parachutages anglais et américains. La population, dans son ensemble, est de leur côté.

Le 7 juin 1944, les maquisards attaquent et libèrent Guéret... Mais la victoire est de courte durée : la terrible division SS Das Reich revient. Lors de ces combats, Jacques est blessé au bras. A l'hôpital, le chirurgien est obligé de l'amputer. Dénoncé par un milicien, Jacques est arrêté dans sa chambre d'hôpital par les Allemands et livré à la Gestapo, à Montluçon. Il y est interrogé pendant sept jours et sept nuits. Transféré à la prison militaire de Moulins, il reste trois mois " au secret ".

Jacques est déporté au camp de concentration de Buchenwald le 5 septembre 1944, alors que Paris est libéré. Les médecins SS hésitent sur son cas : c'est un jeune homme fort mais handicapé. Cela lui permet d'alterner entre le camp de travail et les blocks des invalides. Dans ces derniers, il rencontre Jacques Lusseyran.

Lors de l'évacuation du camp, il préfère s'évader et rejoint clandestinement les lignes américaines le 13 avril 1945. Moins de la moitié des personnes déportées à Buchenwald avec lui rentreront chez eux. A son retour en France, il suit des études de Droit puis travaille comme administrateur au Sénat. Il pratique quelques sports. Retraité, il vient raconter son histoire aux élèves.

 


DVD-ROM « Valeurs de la Résistance, valeurs des jeunes aujourd’hui », AERI, 2012.