Plaque en hommage à Gilbert Chomton

Légende :

Plaque située boulevard Gilbert Chomton à Provins

Genre : Image

Type : Plaque commémorative

Source : © Collection Claude Cherrier Droits réservés

Détails techniques :

Photographie analogique en couleur

Lieu : France - Ile-de-France - Seine-et-Marne - Provins

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Contexte historique

Né le 4 mai 1916 à Château-Thierry, Gilbert Chomton exerce avec son père Julien le métier de tonnelier. Membre de Vengeance, il héberge à son domicile de Provins des aviateurs alliés ainsi que le chef départemental du BOA (Bureau des Opérations Aériennes), Armel Thomas. Il participe également à des parachutages. 

"Le 14 juillet 1944, vers 7 heures du matin, un camion chargé de miliciens, précédé de deux conduites intérieures, venant de Paris, bifurquent par la vieille route de Bray, débouchent vers la distillerie et rentrent dans Provins. Quelques centaines de mètres séparent le convoi de la résidence de Gilbert Chomton, sise au 21 de l’avenue Anatole-France, où stoppent les voitures. En quelques minutes, la maison est cernée de toutes parts. Les volets du premier étage sont clos, tout semble reposer paisiblement à l’intérieur. Arrachés à leur sommeil par les bruits insolites montant de la rue, Gilbert Chomton et Marcel Gerhmann se précipitent à la fenêtre de la cuisine donnant sur la rue et, à travers les persiennes, réalisent l’ampleur du danger qui les menace. Sans perdre une seconde, se saisissant de leurs mitraillettes placées à côté de la table de nuit et grenades en poches, ils foncent vers la fenêtre de la chambre de Gilbert qui donne sur le derrière de l’immeuble et sautent sur le toit de tôles ondulées de l’atelier. Une enjambée leur reste à faire pour se laisser tomber dans le jardin voisin quand, tirée du boulevard, une rafale de mitraillette crépite, les couchant tous les deux sur le toit. La fenêtre, restée béante, livre son spectacle déchirant. Geneviève est là, immobile, les pieds cloués au parquet, le visage blême, les yeux rivés sur ce corps qui lutte contre la mort, cherchant en vain un vague espoir dans le regard voilé de celui qui est toute sa raison d’être. Dans son sein, un petit être remue, le petit Gilbert, qui ne connaîtra jamais son père. Accrochée à sa jupe, sa petite Josette –à peine âgée de dix-huit mois– hébétée, ne comprenant rien, subit la première épreuve de sa vie naissante. À côté de Geneviève, Maryse, la femme de Gerhmann est la proie de la même vision déchirante. Ayant brisé la vitrine du rez-de-chaussée, la meute des mercenaires s’engouffre dans l’escalier, déferle en trombe dans la chambre, bousculant tout sur son passage et se rue vers la fenêtre ouverte. Marcel Gerhmann –qui est la prise n° 1– est traîné à l’intérieur de la chambre et jeté à toute volée sur le lit de Geneviève. De ses blessures le sang coule à flots, maculant draps et couvertures, provoquant chez ces bêtes humaines une soif soudaine de lucre. D’un bond et genoux en avant, un milicien saute sur la poitrine de Gerhmann puis, le saisissant par le col de son veston, il le secoue avec une hargne démentielle, lui hurlant en plein visage : « Tu vas parler, salaud ! ou j’te finis. » Dans le même instant, Maryse est poussée vers le lit par un autre sbire, un revolver braqué sur sa tempe : « Parles ! où j’la descends. » Les dents serrées, la bouche crispée autant par la haine que par la douleur, Marcel les fixe dans les yeux sans dire un mot, et malgré toutes les brutalités dont il est l’objet, il demeure impassible et muet.

Sur le toit, Gilbert se crispe, se tord sous les convulsions de la souffrance, se débat contre cette mort qu’il ne veut pas. Le désignant du doigt, un milicien dit au chef de la Gestapo : « Qu’est-ce qu’on en fait de celui-là ? » – Réponse : « Finissez-le. » Ce milicien hésitant, un autre enjambe la fenêtre et, froidement, vide son chargeur dans la tête de Gilbert. Des heures durant, il reste étendu sur le toit, sous les yeux de sa chère Geneviève impuissante, car tout a été mis en œuvre pour qu’elle ne puisse lui porter secours ; un milicien ayant été laissé en surveillance à cet effet. Son corps ne sera descendu du toit qu’au cours de l’après-midi par des gens courageux du quartier ; j’ai nommé Vignot, bourrelier, et Chansard, cafetier. Marcel Gerhmann et sa femme sont embarqués dans le camion et la caravane tragique quitte la demeure Chomton pour d’autres objectifs, car la rafle continue. (...) Avant de quitter la demeure de Gilbert Chomton, leurs crimes accomplis, les mercenaires, suivant leur tradition, soumettent la maison au pillage : le mort lui-même est délesté de son portefeuille. Mais à leur grand désespoir, ils ne mettent pas la main sur ce qu’ils désiraient : l’E.R.K.4 , le petit poste récepteur de Gerhmann et les documents officiels. Vingt-cinq parachutes qui se trouvaient enfermés dans des tonneaux arrimés dans l’atelier parmi les piles échappent également à leurs recherches. De sa fenêtre, située sur la cour, face à l’atelier, Julien Chomton et sa femme assistent à l’horrible drame. Profitant d’une accalmie, Julien réussit à s’enfuir par les jardins voisins, en compagnie de Charles Charamon qui se trouvait chez lui." (Charles Frémont, Histoire d’un Corps Franc 1943-44, ouvrage édité à compte d’auteur, 1970).


Il reçut à titre posthume la Médaille de la Résistance (décret du 6 septembre 1945, JO du 12 septembre 1945)2 et la Croix de guerre 1939-1945 (8 mars 1946). Un boulevard de Provins porte son nom.


Charles Frémont, Histoire d’un Corps Franc 1943-44, ouvrage édité à compte d’auteur, 1970.