Plaque en hommage aux employés du Service de la Main d'Oeuvre

Légende :

Plaque apposée sur la façade du 10 place Hoche à Versailles, commémorant l'action résistante des employés du Service de la Main d'Oeuvre morts pour la France ou disparus.

Genre : Image

Type : Plaque commémorative

Source : © Geneanet Droits réservés

Détails techniques :

Photographie numérique en couleurs

Lieu : France - Ile-de-France - Yvelines - Versailles

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Contexte historique

La destruction du fichier STO de Versailles

Depuis la création du STO, plusieurs employés du centre de Versailles tentaient d'entraver les plans des Allemands, notamment par la délivrance de faux-papiers. Parmi le personnel résistant du centre, il faut mentionner Mme Brechenmacher, adjointe au directeur M. Fabiani, Adolphe Fontenaille, Jacques Lelay, Bernard Triboulet et Yves Cariou. Mme Brechenmacher était membre du réseau Mithridate et Jacques Lelay également membre de ce réseau, était aussi en contact avec le mouvement Résistance par l'intermédiaire d'Yvette Gouineau. Jacques Lelay dressa un rapport très précis de l'action à entreprendre et en discuta avec Mlle Gouineau et M. Meyer. Celui-ci transmit le rapport à Yves Farge, chef du Comité anti-déportation (CAD), qui prit l'affaire en main et chargea Charles Gonard de mener à bien cette opération.

Après plusieurs jours de repérage et de préparatifs, le commando du MLN commandé par Charles Gonard lui-même entra en action le samedi 13 mai. Après avoir mis en joue les ouvriers présents dans les locaux, Charles Gonard et son adjoint, aidés par les ouvriers, vidèrent les fichiers et les incendièrent. Dans les Nouvelles de Versailles du 18 mai 1944, cet incendie apparaît sous la rubrique "faits divers" : "Samedi 13 mai, trois hommes se sont présentés vers 18h20 dans les bureaux de l'Inspection du travail, 10 place Hoche, où travaillaient quatre ouvriers-menuisiers. Sous la menace de leurs revolvers, ces trois hommes ont invité les ouvriers à vider les dossiers dans la pièce, ils ont répandu un bidon d'essence sur ces papiers et ont allumé le carburant en tirant un coup de revolver. Ils ont alors pris la fuite dans une automobile qui stationnait rue Hoche, devant un bureau de tabac. Le gardien de la paix de service à l'Inspection du travail n'a pu intervenir, les individus ayant braqué leur revolver sur lui. Le feu a été maîtrisé par les pompiers. Les dégâts sont peu importants en dehors des dossiers." En ce qui concerne les conséquences de l'opération, il vaut mieux se référer au rapport de gendarmerie établi après le sinistre : "Les dégâts occasionnés par l'incendie sont importants : le fichier STO des classes 1939 à 1942, les fiches départementales des ouvriers de 18 à 50 ans, un fichier concernant l'embauchage et le débauchage des ouvriers de Seine-et-Oise, ont été brûlés. L'office départemental est en partie détruit." (AN, F60 1526).

Dix jours après l'incendie, le 23 mai 1944, Mme Brebenmacher, M. Fabiani, Mlle Batt, Adolphe Fontenaille, Bernard Triboulet et Yves Cariou furent arrêtés par la Gestapo. Fabiani fut relâché. Ils furent transférés à Maisons-Laffite au siège de la Gestapo, puis à Fresnes et de là déportés en Allemagne. Aucun d'entre eux n'est revenu de Déportation. Quant à Jacques Lelay, il tomba dans une souricière que la Gestapo avait tendue au domicile de son chef, M. D'Roubaix, le 25 juillet 1944. Jacques Lelay fut déporté à Buchenwald puis à Langelstein près de Halberstadt. Libéré par les troupes américaines le 17 avril 1945, il fut soigné dans un hôpital militaire britannique mais décéda le 25 mai 1945 des suites de son long martyr à l'hôpital de Druette-Wattenstedt. Il reçut la médaille de la Résistance et le titre de chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume pour faits exceptionnels de guerre et de Résistance.

Une enquête ouverte à la Libération permit de découvrir que les employés avaient été dénoncés par Suzanne C., chargée par Reichel, délégué allemand à l'Office du Travail, d'espionner Fontenaille et ses collègues de travail. Voici un extrait du compte-rendu de l'enquête :
"L'audition des témoins, au cours de l'information, a permis d'établir qu'un véritable piège avait été tendu à Fontenaille, à qui la fille C. avait présenté un agent provocateur du SD qui s'était fait passer pour réfractaire et avait sollicité de lui l'obtention d'une fausse carte d'identité. La fille C. a longtemps nié avoir été pour quelque chose dans cette affaire. Une lettre qu'elle avait écrite à son ex-fiancé, et dans lequel elle parlait des services qu'elle avait rendu à l'Allemagne, fut cependant découverte, et l'inculpée dut reconnaître que ces services rendus n'étaient autres que l'arrestation de Fontenaille et de ses collègues. Par la suite, la fille C. expliqua son intervention dans cette affaire de la façon suivante : elle accepta, sur la demande de Reichel, de s'entremettre entre Fontenaille et un agent provocateur de façon à faire prendre, non seulement Fontenaille, mais encore ceux de ses collègues qui participaient à l'établissement de faux-papiers. Tout dans son attitude à l'époque des faits indique que l'inculpée a agi sciemment, et que son triste métier lui a procuré un certain contentement. Elle apparaît, dans toute cette affaire, comme une véritable indicatrice de la Gestapo. Au moment de la débâcle nazie, elle quitta la France pour l'Allemagne en compagnie des membres du SD." (ADY, 219 W 102).
Suzanne C. fut condamnée par la cour de justice de Seine-et-Oise, le 27 juin 1946, aux travaux forcés à perpétuité et à la dégradation nationale.

Une plaque apposée sur la façade du 10 place Hoche commémore l'action de ces hommes : Yves Cariou, Albert Debotte, Jean Russo, Jean Eynard, Adolphe Fontenaille et Jacques Lelay.


Auteur : Fabrice Bourrée

Sources et bibliographie :
Archives nationales, F60/1526 (Rapport du capitaine Meygret-Collet du 15 mai 1944).
Archives départementales des Yvelines, 219 W 102 (Cour de justice de Seine-et-Oise, affaire Suzanne C.)
Service historique de la Défense, 13 P 136 (Dossiers d'homologation des mouvements de Résistance).
Bibliothèque municipale de Versailles, Nouvelles de Versailles, Gd F° P10.
Françoise Bruneau, Essai d'historique du mouvement né autour du journal clandestin "Résistance", Paris, SEDES, 1952.
Marcel Petit, Histoire de l'occupation et de la libération de Versailles,  Corbeil, Editions de l'Avenir, 1946.
Article de presse : "Rapatriement du corps de Jacques Lelay. Héros de la Résistance", s.d. [avril-mai 1949]
Entretien de Fabrice Bourrée et d'Emmanuel Debono avec Charles Gonard le 3 octobre 2002.