Plaque rappelant la jonction des forces du maquis des Ardennes avec la 1ère Armée, Bagnols-sur-Cèze (Gard)

Légende :

BAGNOLS SUR CEZE- Sur le mur de l’hôtel de ville, place Auguste Mallet, une plaque rappelle la jonction des forces du maquis des Ardennes avec la 1ère Armée commandée par le général de Lattre de Tassigny le 28 août 1944. Ce fut la première intégration d’une formation FFI à la Première Armée Française. La région de Bagnols-sur-Cèze fut le berceau du Corps franc des Ardennes, maquis ORA du GARD, créé par le chef de bataillon VIGAN-BRAQUET. Cette formation, après plusieurs engagements contre l’ennemi, devint le "Commando VIGAN BRAQUET ".

Genre : Image

Type : Plaque commémorative

Source : © Mémoire et Résistance dans le Gard Droits réservés

Détails techniques :

Photographie numérique en couleur

Date document : 2016

Lieu : France - Occitanie (Languedoc-Roussillon) - Gard - Bagnols-sur-Cèze

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Contexte historique

Après les péripéties qui ont concerné les différentes structures de l'Organisation de Résistance de l'Armée (ORA) du Gard, les événements se précipitent à partir du 5 juin 1944 avec la réception des messages de la BBC annonçant le débarquement des forces alliées. A compter de cette date, un seul maquis existe dans les bois de Rochefort du Gard, le corps-franc des Ardennes, sous les ordres du commandant G. Vigan-Braquet et de son adjoint le capitaine A.F.Versini.
Sans doute la position n'est-elle pas des plus favorables, même si son chef reconnaît que "cette région qui attire en temps normal par son caractère pittoresque et sauvage à condition de ne pas y demeurer...(mais) que le maquis est du point de vue terrain dans une situation relativement forte".
En réalité, la position est plus que discutable, dans une cuvette, à proximité de trois postes allemands de commandement : Villeneuve-lès-Avignon, à onze kilomètres, où se situe le poste de commandement (PC) de la XIXe armée allemande, le village de Montfrin près de Remoulins, occupé par un PC de corps aérien, enfin un troisième PC de Corps d'armée au château de St-Privat, près du Pont du Gard. Mais elle se trouve aussi dans le voisinage immédiat du terrain d'aviation de Pujaut qui est devenu une importante base aérienne, avec des troupes de protection (3 à 4 000 soldats de la Wehrmacht). De plus, si le relief est peu accidenté, le sol rocheux est d'un parcours difficile, une zone de garrigue blanche ; peu de villages, quelques "mas" isolés, peu ou pas d'eau, un ravitaillement forcément épisodique, peu ou pas de voies de repli vers une zone montagneuse.
Vigan-Braquet précise dans son document que "le corps-franc, grâce à la souplesse du dispositif de recrutement, compte sur le papier un effectif d'un millier d'hommes" (Aimé Vielzeuf note " 600 hommes sur le papier" et souligne l'importance de l'encadrement par rapport à l'effectif total mais aussi la faiblesse des moyens matériels et militaires.
La réalité est infiniment plus modeste même si plusieurs brigades de gendarmerie rallient le camp (Villeneuve les Avignon, Roquemaure notamment) ainsi que des déserteurs de la Wehrmacht.

Le 5 juin, la BBC passe les messages annonçant l'application du Plan vert, ce qui signifie que le débarquement est désormais proche, et qu'il faut donc mettre en oeuvre la guérilla dans les zones non touchées par le débarquement allié.
(Décision annulée temporairement par contre-ordre du général Koenig, commandant en chef des FFI mais dont les responsables ne tiennent pas totalement compte : Koenig demandait "de renvoyer les hommes dans leur foyer" jusqu'à une nouvelle alerte !)
De fait, on assiste à une multiplication d'actions, quelques coups de main pour occuper les hommes et rompre la monotonie de l'inaction , mais aussi pour se procurer du ravitaillement, des véhicules, du carburant...
Ainsi un dépôt de gerbe dans la nuit du 13 au 14 juillet au monument aux morts de Rochefort du Gard (alors que l'ennemi est présent dans la localité), cérémonie au drapeau (hissé cinq minutes par crainte d'un repérage des sentinelles allemandes du couvent de Rochefort) avec des officiers en tenue militaire, maniement d'armes...
Fin juillet-début août, bombardements, parachutages d'armes, de matériel, d'instructeurs des missions interalliées se multiplient. L'approche du débarquement de Provence, le 15 août 1944, signifie, pour le corps-franc des Ardennes, le début des opérations actives :

le 15 août à 22 h 45, la section Pichat, désignée par le sort, attaque un convoi allemand dans les combes de Valliguières, sur la route de Nîmes à Pont-Saint-Esprit (RN 86), à une dizaine de km du camp du Grand Belly.
Bilan : deux camions et un canon de 105 détruits, (14 ou 15 selon Vielzeuf) Allemands tués et plusieurs blessés, la section n'a qu'un seul blessé léger (un éclat de grenade).

le 16 août
à 22 h 30, la section Coulaud réalise le sabotage d'un réseau téléphonique sur la RN 106 , puis, à l'embranchement d'Estézargues, attaque deux voitures ennemies.
Bilan : des blessés chez les Allemands, pas de perte pour les maquisards. Mais à cette date, la position du Grand Belly devient intenable car des unités allemandes de la 11e Panzerdivision occupent les bois pour se mettre à l'abri des bombardements alliés. Il faut donc décrocher...

le 20 août
, le groupe s'installe à Vallonnière, à quelques kilomètres au NE de Cavillargues : quelques 80 hommes arrivent à pied dans la nuit du 19 au 20, une"colonne motorisée de sept ou huit véhicules avec des gendarmes en uniforme coupe les colonnes de la 11e Panzer et arrive sans encombre à Vallonnière, où désormais les recrues affluent (250, au total, à la date du 27 août)". Désormais la tactique du corps-franc est modifiée en se livrant surtout à des attaques de harcèlement contre les arrière-gardes ennemies

le 22 août
, attaque d'une colonne à la Bruguière par la section Coulaud : plusieurs Allemands blessés, et surtout récupération de matériel et de munitions.

le 23 août
, dans la combe de Gaujac, (à 3 km de Connaux), la section du lieutenant Schmilewski assaille un convoi de la Luftwaffe.
Bilan : un camion citerne incendié, plusieurs Allemands tués ou blessés.
Des patrouilles légères du corps-franc sillonnent les routes d'un secteur compris entre Pouzilhac, la Bruguière, Lussan, La Roque-sur-Cèze, Bagnols-sur-Cèze : on leur doit la capture de 120 prisonniers, les blessés étant soignés par le docteur Michel Merle.

le 26 août
, alors que le Gard est pratiquement libéré, le général Cochet (délégué militaire du CFLN pour la zone Sud, chargé de la liaison avec les organisations métropolitaines de la Résistance : le 19 août il lance un appel à "l'action immédiate et totale" ) donne l'ordre d'occuper et de remettre en état le terrain d'aviation de Pujaut, d'occuper le triangle Pont-St-Esprit - Uzès - Villeneneuve-les-Avignon "en vue d'y maintenir l'ordre et de collaborer avec les nouvelles autorités locales ; de coopérer avec le service de renseignements de l'armée de débarquement (2e Spahi)".

le 29 août
, lors de son passage à Bagnols-sur-Cèze (où est désormais installé le PC du "groupement Ardennes"), le général de Lattre de Tassigny prescrit le rattachement du corps-franc des Ardennes à l'armée de débarquement sous la dénomination de "groupement" : c'est donc à cette date que le corps-franc des Ardennes cesse d'exister pour devenir une unité de la nouvelle armée française.

Le commando Vigan-Braquet va désormais combattre en Alsace et en Allemagne jusqu'à la capitulation allemande du 8 mai 1945.


Claude Emerique, "Les maquis de l'Organisation de Résistance de l'Armée (ORA) : le corps-franc des Ardennes" in CD-ROM La Résistance dans le Gard, AERI, 2009