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Jean de Vogüé

Légende :

Jean de Vogüé, responsable du COMAC pour la zone Nord (photographie extraite de La Libération, les archives du COMAC, mai-août 1944, Editions de Minuit, 1964)


Jean de Vogüe, the head of the COMAC (Military Action Committee) for the Northern Zone 

Genre : Image

Type : Photographie

Source :

Détails techniques :

Reproductions 

Lieu : France

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Contexte historique

Né à Paris le 27 avril 1898, Jean de Vogüé s'engage dans la Marine en mars 1917. Admis à l'Ecole navale, il en sort enseigne de vaisseau en décembre 1917. Embarqué sur un torpilleur, il prend part à la guerre navale en Méditerranée. Après l'armistice, Vogüe est envoyé à la flottille du Danube pendant l'année 1919. Promu lieutenant de vaisseau en 1924, il quitte la Marine deux ans plus tard. Il entre ensuite dans les affaires et devient l'animateur du Comité de répartition des sucres.
Mobilisé fin août 1939, il est désigné comme officier de liaison à l'Amirauté britannique. Promu capitaine de corvette en mai 1940, il prend part aux combats et à l'évacuation de Dunkerque, qu'il quitte le 4 juin au matin. Jean de Vogüe est alors promu chevalier de la Légion d'honneur. Retourné en Angleterre, il refuse de reconnaître l'armistice et décide de rentrer en France en juillet 40 où il est aussitôt démobilisé. En 1940 et 1941, son action se porte sur la propagande dans tous les milieux de zone Nord, dans le but de préparer le climat pour les luttes futures et d'entraîner des couches de plus en plus importantes de la population dans la Résistance. Il participe alors à la diffusion de nombreux journaux clandestins.
A partir de novembre 1942, il travaille en étroite coordination avec le mouvement Combat zone Nord. Grâce à l'appui de Combat, il peut développer un groupe en zone Nord. En février-mars 1943, à la demande du BCRA (missions de Brossolette et Passy), il fusionne ses forces avec le mouvement CDLR dirigé par Lecompte-Boinet, dont il devient l'adjoint. Il s'applique d'abord à donner une structure régionale et départementale solide, à la fois hiérarchisée et décentralisée.

En mai 1943, CDLR étant bien organisé, Jean de Vogüé prend une part active aux travaux du Comité de coordination des mouvements de zone nord. Il est l'un des créateurs, en juin 1943, du Comité central de la Résistance. Après des conversations avec des dirigeants d'autres mouvements, en particulier ceux de l'OCM, de Vogüé propose de créer une organisation de Résistance unique pour la Région parisienne. Il rédige une note complète, passant en revue toute l'activité de la Résistance dans la Région parisienne, tant militaire qu'administrative et politique. Il propose que tous les mouvements fusionnent leur organisation de la Région parisienne pour n'en former qu'une seule. Par suite de certaines négligences, de certaines hésitations et à cause de la politique de certains chefs de mouvements, ce projet d'unification n'a pas été réalisé.
Le mois suivant, la direction nationale du Noyautage des administrations publiques (NAP) lui est confiée. Toujours dans le but d'étendre l'action de la Résistance et d'y entraîner les masses populaires, Vogüé ("Madelin") entre en contact en juin 1943 avec l'union des syndicats de la Seine. Au cours de ces conversations, Vogüe et Tollet ont l'idée de constituer un Comité parisien de la Résistance, faisant appel à toutes les organisations et à tous les partis décidés à mobiliser leurs forces pour chasser l'ennemi. Mais ce projet ne fut pas mis à exécution immédiatement. Il fut repris en septembre et donna naissance au CPL.
Il rédige à l'attention des régions et départements des instructions complètes concernant la préparation de l'action insurrectionnelle et de la prise du pouvoir en faveur du général de Gaulle (instructions du 10/8/43).
En novembre 1943, en l'absence de Lecompte-Boinet parti pour Londres, et par suite des arrestations des dirigeants de CDLR, il prend seul la direction du mouvement jusqu'en avril 1944. Il réorganise entièrement le mouvement en l'orientant vers l'action immédiate avec comme adjoint le colonel Grandval. Sur sa proposition le Comité central constitue, le 1er février 1944, une commission d'action militaire (COMIDAC) composée de trois membres. De Vogüe soumet aussitôt un plan de constitution d'un état-major national. Le 12 avril, il rédige à l'attention du CNR, un mémoire destiné à fixer le rôle des FFI et de leur commandement. Le CNR reconnaît alors le COMIDAC comme organe supérieur de commandement des FFI. Il devient le COMAC et est dirigé par Villon pour le FN, Kriegel pour la zone Sud et Vogüé pour la zone Nord. A partir du 6 juin 1944, Vogüe décide de donner une vigoureuse impulsion à l'action des formations militaires et des groupes francs de CDLR dans la Région parisienne. Il s'adjoint Massiet, dit "Dufresne", qui sera chargé du recrutement, et de l'organisation des forces militaires de CDLR dans la Seine, et Cocteau, dit "Gallois", qui représente CDLR à l'état-major de l'Ile-de-France.
Le 19 août à Paris, représentant du COMAC auprès du commandant FFI de la Seine, le colonel Lizé, il prend une part active à la conduite des opérations qui ont abouti à la libération de la capitale. Après la Libération, Il s'occupe particulièrement de tout ce qui concerne l'intégration des FFI dans l'armée française.
Nommé délégué à l'Assemblée consultative en octobre 1944, il est vice-président de la commission de la défense nationale. Il avait demandé à faire la guerre, comme commandant de marine, avec une unité de fusiliers-marins ; on ne lui accorda pas mais on lui offrit un poste honorifique avec le grade d'amiral, qu'il refusa. Il revient alors aux affaires et devient, en 1945, président directeur général de la Compagnie nouvelle de sucreries réunies, vice-président de la raffinerie Lebaudy-Sommier. En 1950, il est administrateur de la Compagnie de commerce et de gérance pour les colonies. Il est également membre du comité de rédaction du journal Volontés. A partir de 1968, il est président d'honneur de la Générale sucrière. Jean de Vogüé est décédé en septembre 1972.
Dans Le Monde du 20 septembre 1972, Maurice Kriegel-Valrimont lui a rendu hommage en ces termes : "Pour moi Jean de Vogüé est toujours resté Vaillant, celui qui représentait la moitié nord de la France au COMAC : le commandement de la Résistance militaire sur le territoire national. Il dirigea un mouvement de résistance. Il était délégué du commandement militaire suprême sur le territoire national auprès du commandement des FFI de Paris pendant l'insurrection d'août 1944. Le simple rappel de ces faits suffit à rendre surprenant le silence fait depuis vingt ans autour de son action. Si Paris avait brûlé, il eût été un des hommes que l'on en eût accusés. Quand Paris fut libéré, on ne lui en sut aucun gré.(...) Oui Vaillant a contribué à ce qu'aucun frein n'entrave la libération de Paris et de la France. Il a été, sans aucune naïveté, en faveur de l'action libératrice du peuple.(...) Je lui rends hommage dû au patriotisme le plus pur."

 

 

Born in Paris on April 27th 1898, Jean Vogüe enlisted in the Marines in March 1917. Accepted to l’Ecole navale (Naval School), he left as a second lieutenant in December of 1917. Embarking on a torpedo boat, he took part in the naval war in the Mediterranean. After the armistice, Vogüe was sent to the Danube flotilla for the year in 1919. Promoted to lieutenant in 1924, he left the Marines two years later. He then entered into the business world and became the group leader of the Comité de repartition des sucres (the Sugar Distribution Committee).

Mobilized in late August 1939, he was appointed as liaison officer to l’Armirauté britannique (the British Admiralty). Then, promoted to Lieutenant Commander in May 1940, he took part in the fight and evacuation of Dunkerque (Dunkirk), before leaving the morning of June 4th.  Jean de Vogüe was also promoted to chevalier de la Légion d’honneur (Knight of the Legion of Honor). Returning to England, he refused to acknowledge the armistice and, on July 30th, decided to return to France where he was demobilized. In 1940 and 1941, he took charge of propaganda for the middle region of the North Zone with the aim of preparing the atmosphere for future conflicts and to recruit more and more of the population into the Resistance. He also participated in the deployment of a number of clandestine journalists.

From November 1942, he worked in close collaboration with the Combat zone Nord (North Zone Combat) movement. Thanks to the support of the Combat, he developed a group in the North Zone. Between February to March 1943, at the request of BCRA (Brossolette and Passy’s organization), he fused their forces with the CDLR movement managed by Lecompte-Boinet, thus becoming the co-director. He worked towards providing a strong regional and departmental structure, both hierarchical and decentralized.

In May 1943, CDLR being well organized, Jean de Vogüe took an active part in the work of the Comité de coordination des mouvements de zone Nord (Coordination Committee for the North Zone Movements). He was one of the founders, in June 143, of the Comité central de la Résistance (Central Committee of the Resistance). After some discussion with leaders of other movements, in particular the OCM, de Vogüe proposed the establishment of a Resistance organization solely based on the Paris region. He composed a comprehensive review of all the Resistance activities in the Paris region; military, administrative and political. He suggested that every movement fuse their Paris factions into one unified organization. Due to some negligence, hesitations and as a result of negative leaders from some of the movements, this project was never realized.

The next month, the national leadership of the Noyautage des administrations publiques (Infiltration of Public Administration) was entrusted to him. With the goal of expanding the Resistance and enlisting the general public, Vogüe (“Madelin”) made contact in June 1943 with the Seine trade unions. Over the course of their conversations, Vogüe and Tollet had the idea to institute a Comité parisien de la Résistance (Parisian Committee of the Resistance), comprised of both organizations and political parties focused on mobilizing their forces against the common enemy. But the project wasn’t implemented until September when it came to life as the CPL.

He crafted detailed instructions for the regions and departments concerning the preparation for the insurrection and the seizure of power for General de Gaulle (instructions from 10/8/42).

In November 1943, due to the departure Lecompte-Boinet for London, and following the arrest of senior management for the CDLR, he took sole control of the movement until April 1944. He entirely reorganized the movement by directing it towards immediate action with the joint director, Colonel Grandval. At his prompting, on February 1st 1944, the Comité central was constituted as a commission of military action composed of three members. Immediately following this, De Vogüe submitted a planning proposal for a national administration. That April 12th, he redirected a memo designed to redefine the role of the FFI and their command to the attention of the CNR. The CNR then acknowledged the COMIDAC as the superior system of command for the FFI. It became the COMAC and was directed by Villon of the Front national, Kriegel for the South Zone and Vogüe for the North Zone. From June 6th 1944, Vogüe decided to vigorously address the actions of military formations and the Franc groups from the CDLR in the Paris Region. He joined Massiet, also called “Dufresne,” who was responsible for the recruitment and organization of military forces for the CDLR in the Seine, and Cocteau, called “Gallois,” who represented CDLR on the national administration for the l’Ile-de-France.

On August 19th in Paris, representing the COMAC with the commander of the Seine FFI, he took an active part in the realization of the operations that resulted in the Liberation of the capital. After the Liberation, he occupied himself with everything concerning the integration of the FFI into the French Army.   

Appointed as a delegate to l’Assemblée consultative (Consultative Assembly) in October 1944, he was vice-president of the commission de la défense nationale (National Defense Committee). He had asked to go to war, as a naval commander, with a unit of fusilier marines and when they didn’t grant his request they offered him an honorary position as an Admiral, which he refused. He then reentered the business arena and became, in 1945, president and CEO of the Compagnie nouvelle de sucreries réunies (New Company of United Sweets), vice president of the Lebaudy-Sommier refinery. In 1950, he was the administrator for the Compagnie de commerce et de gérance (Commerce and Management Company) for the colonies. Additionally, he was a member of the editing committee for the Volontés newspaper and from 1968, he was the honorary president of the Générale sucrière (General Sugar Production Company). Jean de Vogüe died in September 1972.

In Le Monde on September 20th 1972, Maurice Kriegel-Valrimont composed an homage to him in these words:

“For me Jean de Vogüe was always valiant, it is he who represented the northern half of France at the COMAC: the command of the military Resistance for the national territory. He directed a movement of resistance. He was delegate of the supreme military command in the country from the command of the Paris FFI during the insurrection in August 1944. Simply mentioning these facts is sufficient to make the silence of his doings for the last twenty years very surprising. If Paris had burned, he would have been one of the men that we had blamed. When Paris was liberated, we showed him no thanks.(…) yes, he ensured that there was no pause hindering the liberation of Paris and of France. He was, without naivety, in favor of the liberation action of the people.(…) I pay tribute to him as being of the purest patriotism.” 


Fabrice Bourrée, "Jean de Vogüé", in DVD-ROM La Résistance en Ile-de-France, AERI, 2004.

Traduction : Gabrielle Ciceri