Toucher les Français

Après-guerre, les acteurs ont insisté sur leur isolement initial au sein d’une population au mieux indifférente, au pire hostile. « Chacun était rentré chez soi » écrit Jean Cassou en 1953 pour caractériser l’atmosphère de repli qui règne à Paris au début de l’Occupation. Et Charles d’Aragon d’abonder dans le même sens concernant la zone Sud : « Être opposant alors, c’était se vouer à l’isolement. C’était rompre avec le plus grand nombre ». Pourtant, rapidement, la Résistance rencontre une forme de soutien tacite et de bienveillance de certaines composantes de la population. Tout en se gardant de confondre résistance – une action transgressive et consciente contre l’occupant et Vichy – et simples sentiments antiallemands, il existe bien, autour et en retrait des résistants actifs, un deuxième cercle composé de ceux qui, sans jamais être membres d’une organisation au sens strict, n’hésitent pas à braver la loi en écoutant la BBC, en répondant aux mots d’ordre lancés par la Résistance et en participant à des manifestations ou à des campagnes de protestations.

Plan de l'expo

Crédits

Partenaires

Les émissions de la BBC haut ▲

L’appel du 18 juin résonne comme l’acte le plus symbolique de la guerre des ondes, la BBC, complétant ses six bulletins d’information quotidiens en français, lance le 19 une nouvelle émission « Ici la France » avec Jean Masson, puis Pierre Bourdan. Le 7 juillet, une nouvelle équipe est chargée non plus seulement d’informer, mais de soutenir le moral des Français et de contrer Radio-Vichy et Radio-Paris. Elle est constituée par Michel Saint-Denis (alias Jacques Duchesne) qui réunit entre autre Pierre Bourdan, Jean Marin, Jean Oberlé, Pierre Lefèvre, Jacques Borel, Maurice Van Moppès. L’émission débute le 14 juillet et prend le 6 septembre le titre « Les Français parlent aux Français ».

Radio-Londres devient un fer de lance de la résistance civile avec l’appel à faire le vide dans les rues de France le 1er janvier 1941 et la campagne des V en mars 1941. Dès 1940, la BBC est très écoutée en France malgré les interdictions en vigueur. Elle permet de maintenir le lien entre la France libre et les Français.

La campagne des V haut ▲

La campagne des V demeure l'opération de propagande alliée la plus ancrée dans la mémoire collective. Spontanément évoquée par les témoins de ces années noires, elle fut à l'origine d'un phénomène spectaculaire qui permit aux Anglais et aux Français de Londres de mesurer le pouvoir de la BBC sur la population occupée. Grâce à cette campagne, les Anglais prirent pleinement conscience du rôle que les auditeurs pouvaient jouer dans le combat.

Appels à manifester dans toute la France haut ▲

La manifestation des lycéens et étudiants à Paris à l’occasion du 11 novembre 1940, alors que les Allemands avaient interdit toute commémoration de l’armistice de 1918, marque un tournant quant aux rapports entre les premières organisations résistantes et la société française. Bien que gaullistes et communistes aient par la suite essayé de « récupérer » cet événement en expliquant qu’ils en avaient été les initiateurs, la manifestation du 11 novembre a d’abord été une initiative spontanée d’une partie de la jeunesse française soucieuse d’exprimer son attachement aux valeurs patriotiques. Alors que les premiers résistants pouvaient avoir le sentiment d’être isolés et en décalage par rapport au reste des Français, ils découvrent à la faveur de cette manifestation qu’il existe un état d’esprit patriotique et anti-allemand dans le pays susceptible d’être favorable à leur action. À Londres également, les Français libres saisissent tout le symbole que représente cette manifestation du 11 novembre. Ils comprennent que les consignes données sur la BBC pour appeler les Français à manifester leur solidarité à l’égard de la cause de la Résistance peuvent être largement suivies dans le pays. De fait, la BBC mais aussi les journaux clandestins de la Résistance intérieure appelleront désormais les Français à manifester à l’occasion de dates symboliques comme le 1er janvier, la fête de Jeanne d’Arc, le 1er mai, le 14 juillet ou le 20 septembre (victoire de Valmy). Dès 1941, ces appels seront entendus, même si ces manifestations patriotiques n’auront pas encore l’importance qu’elles revêtiront en 1943 ou 1944. Elles n’en témoignent pas moins, dès la première année de l’Occupation, d’un état d’esprit frondeur favorable à la Résistance dans de nombreuses couches de la société française.