Picardie

En Picardie, les groupes les plus précoces sont ceux de l’Aisne et de la Somme. Spontanément, l’activité se concentre sur la collecte de renseignements concernant le trafic ferroviaire et les déplacements de troupes, ainsi que la reproduction et la distribution du journal. Dans la Somme sont aussi mises en place des chaînes d’évasions pour les prisonniers français et britanniques, et donc la fabrication et la mise en circulation de fausses cartes d’identité et de tickets de ravitaillement. A la fin de l’année 1943, le groupe se dote d’une organisation militaire qui ravitaille les maquis de la forêt d’Eu, exécute des sabotages d’installations ferroviaires et de lignes de télécommunications, réceptionne des parachutages et stocke des armes.

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Crédits

Biographie(s)

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Dans le département de la Somme, les liens avec la franc-maçonnerie forment une composante supplémentaire. Dès août 1940, l'un des premiers groupes se constitue autour de Léon Gonthier, Vénérable de la loge Picardie et chef de bureau à la Préfecture de la Somme. On y trouve Léon Tellier, chef de section chemin de fer ; Joseph Garrou, économe au lycée d'Amiens ; Orlue, Flet et Cogneau, instituteurs ; Denant, ingénieur ; Pannetier, industriel ; Le Parquier, fonctionnaire de l'Enregistrement ; Derobertmazure, employé à la Direction départementale de la Main d'Oeuvre, qui se rencontrent régulièrement dans des cafés d'Amiens. Ils sont, de plus, en contact avec le réseau franc-maçon Patriam Recuperare par l'intermédiaire de Lamorlette, inspecteur d'Académie. Un autre groupe formé de syndicalistes se crée autour de Louis Saillant, secrétaire du Syndicat du Bâtiment d'Amiens et délégué régional des industries du bois. Au même moment, Léon Sellier, ancien trésorier de la fédération SFIO de la Somme, tente de regrouper quelques adhérents pour reformer, dans la clandestinité, les sections socialistes du département. C'est la convergence de ces trois groupes qui donne naissance au Mouvement Libération-Nord dans le Somme. Dès 1940, des socialistes d'Abbeville, sous la direction d'Alfred Somont, organisent des chaînes d'évasion pour les prisonniers de guerre français ou britanniques. En novembre, ils étendent leur action à la distribution de tracts, de journaux (comme Le Populaire ou Libération), et de photos du général de Gaulle. Dès la fin de 1942, les responsables locaux tentent de multiplier les contacts avec les autres mouvements, tant sur le plan départemental que sur une grande partie du nord de la France dans le but de favoriser la coordination de toutes les organisations clandestines. Léon Tellier se met donc en relation avec des réseaux comme Brutus, Jeune France ou Zéro France puis avec les mouvements Résistance en Picardie, Charles de Gaulle, OCM et ORA. En 1943, le Front National est à son tour contacté. C'est à la suite de l'une des premières réunions que Louis Sellier est arrêté. Il est alors remplacé par Joseph Garrou (dit "Dossau") au poste de responsable civil de Libé-Nord pendant que Léon Tellier (alias "Casimir Perrier"), responsable militaire, assure, avec son fils, la liaison avec Paris. A la fin de 1943, le mouvement s'étend à quasiment la totalité du département. Outre Amiens et Abbeville,on trouve de nombreux résistants de Libé-Nord à Beaucamps-le-Vieux, Corbie, Ailly-sur-Noye, Albert, Ham et Péronne. Organisés militairement, ces résistants cumulent plusieurs types d'action : le sabotage, le transport d'armes, l'établissement de liaisons radio avec l'Angleterre. Peu avant la Libération, les effectifs de Libé-Nord sont estimés à 1 600 hommes.

Source(s) :

Philippe Pauchet, « Libération-Nord », in CD-ROM La Résistance dans la Somme, AERI (à paraître).

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Dans l'Oise, Libé-Nord est intimement lié à la SFIO. Les principaux dirigeants sont ceux du parti avant-guerre : Jean Biondi, Georges Blin, André Caron, Paulette Courseaux, Marcel Mérigonde, Marcel Philippe. Seuls les responsables militaires successifs, Espérance Maillard et Roland Schmit sont des personnalités nouvelles, non engagées auparavant, à notre connaissance. Libé-Nord travaille en étroite collaboration avec l'OCM dans le Bassin creillois qui, d'ailleurs, récupère certains membres de Libé-Nord quand le mouvement est désorganisé par des arrestations. Celles-ci sont nombreuses durant l'hiver 1943-1944 (André Raffoux, Jean Biondi, Georges Blin, Espérance Maillard) mais, sous l'impulsion de Marcel Mérigonde, délégué à l'information, et de son nouveau responsable militaire, Roland Schmit, Libé-Nord retrouve très vite une certaine vitalité, comme le prouve la place du mouvement dans les organismes départementaux de la Résistance. Libé-Nord participe au Comité départemental de libération dès sa création à la fin de l'année 1943. Le Libérateur de l'Oise, organe du mouvement après la Libération, le rappelle dans son numéro du 4 janvier 1945 : "Lorsque, en décembre 1943, le CDL a tenu ses premières réunions, Libé-Nord et le Front national se sont trouvés unis absolument". Un membre du mouvement, Pierre Chardeaux, est responsable du secteur ouest des FFI et Roland Schmit est membre de l'état-major départemental. Dans les semaines qui précèdent la Libération, au moment du partage des postes, début août, Libé-Nord reçoit le secrétariat général de la préfecture. Quelques jours plus tard, le 23, son représentant au CDL, Roland Schmit, fait cause commune avec le Front national pour s'opposer à la volonté de l'OCM, représentée par Jean Wallon, de constituer un nouveau CDL. Le même jour, Roland Schmit est élu président du CDL, poste qu'il occupe jusqu'à son départ, le 21 septembre. A partir de cette date, Libé-Nord est représenté au CDL par André Crosnier puis par Maurice Segonds. A la veille de la Libération, le mouvement est solidement implanté dans la région de Beauvais, dans les cantons du nord-ouest (Formerie, Songeons), dans ceux d'Attichy et de Ressons-sur-Matz et dans le Bassin creillois. 

Source(s) :

Jean-Pierre Besse, " Libération-Nord ", in CD-ROM La Résistance dans l'Oise, AERI, 2003.